Amour ou fusion? C’est un choix.


Même si je ne vais pas jusqu’à affirmer une mutuelle exclusivité entre amour et fusion, je postule néanmoins que l’amour a un effet antifusionnel et que dans toute vraie relation d’amour chaque partenaire évolue dans la connaissance de soi et dans l’autonomie, ainsi transformant ses désirs fusionnels latents, que l’on peut appeler des désirs morts, en désirs vivants.

La fusion se caractérise par l’absence d’auto-détermination, à défaut de connaissance de soi. Un enfant pour lequel sa mère n’est pas miroir pour son propre moi, ne sait qui il est. Il n’a pas conscience de son Je Suis. Sa capacité d’aimer sera restreinte à un narcissisme inconscient qui, comme dans le mythe ancien de Narcisse, le renferme dans la coquille de son moi replié sur lui-même. Seul celui qui se connait, peut connaitre autrui; seul celui qui s’aime, peut aimer autrui.

Mais pour se connaitre, pour s’aimer, pour se construire, il faut que l’enfant ait la possibilité de se refléter dans ses parents. Si cela lui est défendu parce que les parents projettent sur l’enfant leurs ancêtres ou qu’ils sont tellement enfoncés dans leurs problèmes qu’ils sont incapables de s’ouvrir à l’enfant, ce dernier est obligé, pour pouvoir se construire psychiquement, de remplir le vide, l’absence de son propre moi, par la présence psychique plus ou moins totale des parents ou de l’un des parents. Voilà ce qu’en thérapie, on appelle une fixation narcissique, bien que, dans la plupart de la littérature psychiatrique, on ne trouve guère mention de l’étiologie fusionnelle du problème.

Cette fusion psychologique et artificielle est à distinguer de la fusion primaire et naturelle. Elle est en premier lieu un problème psychique. Elle se perpétue alors au-delà des dix-huit premiers mois de la vie, période pendant laquelle elle doit avoir lieu, si la mère, de par sa propre fixation fusionnelle ne permet à l’enfant de quitter graduellement la symbiose, ou si la mère est incapable de vivre la symbiose primaire avec son enfant.

Une mère qui n’a pas quitté la symbiose avec ses parents à elle projettera inconsciemment l’image parentale sur ses enfants; elle aura toujours l’intention de faire revivre ses parents à travers ses enfants, ainsi incubant ses ancêtres dans la prochaine génération. C’est, nous le savons par la psychanalyse, un comportement archaïque et magique qui a pour effet de réduire à néant la personne propre de l’enfant, pour qu’il incarne l’esprit défunt d’un aïeul (Françoise Dolto).

Beaucoup de parents, voulant réincarner à travers leur enfant les caractéristiques aimés ou les capacités admirées d’un parent ou d’un grand-parent font cela sans se rendre compte qu’ils écrasent par de telles projections la personnalité propre de l’enfant qui, lui, est venu pour incarner ses caractéristiques à lui ou à elle. De tels parents ont tendance de dévaloriser toute tentative de leur enfant en direction d’autonomie; on les trouve constamment en train de culpabiliser l’enfant avec le reproche d’être ingrat ou de ne pas aimer assez ses parents.

La réaction parentale face à tout signe d’autonomie de l’enfant se caractérise par l’angoisse et l’agressivité; par conséquent, l’enfant sera bloqué sur son chemin vers le monde, vers la vie, pour, en quelque sorte, rester victime de la matrice. C’est un comportement pervers mais très commun dans notre société au point qu’on le justifie de maintes façons populaires. Une mère qui agit ainsi n’est capable d’être miroir pour son enfant, comme l’ont montré à l’évidence les recherches et observations de Melanie Klein, Winnicott, Françoise Dolto et Alice Miller.

La symbiose psychique du bébé avec la mère pendant les premiers dix-huit mois de sa vie et le fait que pour le bébé à cet âge la mère est encore objet partiel de son propre champs corporel sont des faits qu’aucune mère peut délibérément ignorer; d’autant plus est-il important que la mère, déjà pendant cette période, émette des signaux qui donnent à l’enfant la permission d’effectuer une démarche progressive vers l’autonomie. Ceci, bien entendu, en dépit de la dépendance presque totale de l’enfant de sa mère pour sa nourriture physiologique et affective.

L’enfant, pour sa part, donne des signes évidents pour faire valoir ses besoins, et ces signes sont pour toute mère naturelle des émanations sonores de la personnalité propre de l’enfant. Ce sont les cris par lesquels le bébé signale sa faim, sa soif ou son besoin affectif, ce sont les mouvements de l’enfant s’éloignant de la mère lorsqu’il explore son proche entourage, c’est la découverte des objets encore inconnus, c’est aussi le fait de ramper dans une autre chambre, de grimper sur le bord de la fenêtre pour regarder dehors et bien d’autres comportements encore. Les réactions ouvertes ou psychiques de la mère, dans ces situations, sont essentielles pour orienter l’enfant dans son développement psychomoteur; elles sont à cet effet immédiatement gravées dans la mémoire de l’enfant.

Une expression psychique de la mère est ici comprise comme un message télépathique, en vue du lien télépathique postnatal qui prolonge la télépathie dite de sang qui est l’état naturel de communication entre mère et enfant pendant la grossesse. Ces mémoires primaires restent effectivement gravées dans le psychisme pendant toute notre vie et déterminent comment nous serons conditionnés dans notre approche générale à la vie; car les attitudes parentales emmagasinées en forme de oui ou de non resteront présentes dans notre subconscient.

Le petit enfant, encore en contact télépathique avec ses parents, enregistre les réactions parentales à ses manifestations d’autonomie comme des commandes, et il essaie de se comporter de manière à être en accord avec elles. De tels messages peuvent signifier ‘Oui, j’approuve ce que tu es et ce que tu montres de toi’ ou bien ‘Non, je désapprouve que tu sois différent et que tu réagisse différemment que moi’ ou, pire ‘Non, j’aimerais que tu sois comme je veux que tu sois.’

Il est évident que les deux derniers messages, souvent non-verbaux ou rudimentairement verbaux, et quand ils sont répétés, vont inhiber l’enfant dans son développement de l’autonomie.

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