La psychanalyse n’est pas la réponse …


La fonction de toute thérapie est de libérer le sujet de la fusion avec sa matrice dans laquelle il restait piégé. Cette vérité n’a pas été découverte par la psychanalyse; c’est une vérité spirituelle. En fait, dans toutes les cultures tribales les rites initiatiques ont exactement pour tâche d’aider le jeune à se libérer du lien ombilical symbolique qui le relie à la matrice, pour le conduire vers la vie et à sa vocation individuelle dans la culture.

La fusion secondaire est aliénante dans la mesure qu’elle accouple un individu à un autre, ce qui a pour résultat que la liberté de développement de l’individu est gravement entravée. Considérer que ce problème s’explique exclusivement par la science psychanalytique veut dire négliger sa dimension spirituelle.

Cette dimension spirituelle doit dès lors être reconnue soit au sein de la psychanalyse, soit en dehors. La psychanalyse telle qu’elle a été développée par Sigmund Freud, excluait dès le début cette dimension, pour mettre le regard exclusivement sur le développement sexuel de l’enfant comme chemin libérateur de la matrice, lancé par la première identification dite homosexuelle avec le parent du même sexe, pour passer par la deuxième identification, hétérosexuelle, avec le parent du sexe opposé, durant la phase génitale.

Les phases du développement psychosexuel seront répétées dans l’adolescence d’une certaine façon, psychiquement, pour dissoudre des restes fusionnels. Or, dans nos cultures, où l’adolescence est devenue une sorte de prolongation infantilisante de l’enfance, cet important processus psychique de déconnection, souvent accompagné par l’air androgyne et sexuellement provocateur de l’adolescent, est gravement entravé sinon complètement inhibé par les normes sociales et le conditionnement castrateur que la société postindustrielle moderne inflige à l’adolescent.

L’identité ne peut se construire que par l’intégration. L’intégration, à son tour, est le fruit d’une observation et d’une acceptation totales des processus psychiques en cause. Elle aboutit toujours à un élargissement de la conscience. L’angoisse de devoir abandonner le traditionnel, de questionner voire de détruire les structures de pensée habituelles, conduit souvent à des réactions de défense qui empêchent l’intégration.

Par rapport à l’intégration de la matrice, et donc de l’archétype maternel dans la psyché masculine, ce que Jung a appelé l’intégration de l’anima, le machisme et la surévaluation sociale du principe masculin (ratio, linéarité, technologie, combattivité, efficacité) sont des réactions de défense qui résultent de l’angoisse de la matrice. Historiquement, cette angoisse et toute la folie qui en résulte est représentée par la persécution des sorcières de la fin du Moyen-Âge jusqu’à la fin de la Renaissance. Elle se trouve également dans la mythologie, dans les images féminines négatives telle que Lilith ou Kali.

Il existe beaucoup de techniques, mais le sens de la thérapie, de la guérison, est toujours de faire retrouver au patient son unité primale, son centre à partir duquel il se fait guérir par l’énergie vitale en lui. Il faut le faire participer à nouveau à son originalité et à sa force à lui. Dans ce sens, les religions, elles aussi offrent des thérapies.

L’évangile dans son interprétation pure qui se base seule sur la foi est l’une des méthodes les plus puissantes de guérison qui existent au monde et Jésus de Nazareth était peut-être le guérisseur le plus grand et le plus génial de tous les temps. Françoise Dolto, dans son livre L’évangile au risque de la psychanalyse (1980) a montré comment l’eau de la vie que Jésus promit à tous ceux qui croient en la force divine omniprésente, les lave de tous les restes fusionnels aliénants qui, en tant que pulsions de mort, les accrochent à la matrice, à l’état de stagnation, pour que cette énergie figée se redirige à nouveau vers le flux d’énergie universelle et se repolarise complètement.

Il n’y a aucune contradiction entre la théorie psychanalytique et les vérités spirituelles, tant que ces dernières ne renient pas la nature instinctuelle de l’homme-esprit incarné(e). En effet, les religions mettent à notre disposition des systèmes de projection pour nos processus intérieurs qui peuvent nous servir à la représentation symbolique des vérités de la foi et nous soutiennent dans notre alchimie métaphorique intérieure de transformation.

Les religions sont donc des systèmes intégrés et intégrateurs, soucieux de faire retrouver à l’homme l’unité primordiale de la vie. De la même manière, les pratiques dites occultes telles que l’astrologie, le I Ching, le Tarot ou autres, ont été conçues pour faciliter la prise de conscience et l’intégration du contenu subconscient de la pensée afin de nous conduire à un niveau de conscience élevé, intégratif ou holistique.

Cette intégration de ce qui est caché (occulte) dans notre psyché, la prise de conscience des facteurs karmiques ou conditionnants dans notre chemin de vie, aboutit à une conscience totale de l’Unité-Corps-Esprit qui réside au-delà du seul savoir spirituel ou corporel.

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