Un regard sur l’âme et son corps


Nous nous inclinons devant Kunga Legpa.
Nu et dépouillé, libre de toute conscience corrompue,
De tout attachement à ses pensées
Comme à son entourage,
Il mène par sa folie les pervers et les mécréants
A la liberté de l’esprit au travers de tous les sentiments.

— Verset tibétain

Introduction

Eternel, le Soi,
Source à contempler,
Pure et joyeuse,
Libre d’idées et de convictions,
Libre d’idéologies et de théories,
Libre de concepts et de catégories,
L’unique soi est en soi.

La littérature américaine en matière de développement de soi est certes très utile, et il y a des gens qui ont pu complètement changer leurs vies à l’aide de telles méthodes.

La demande d’ouvrages-guides en ce domaine est considérable. Les livres de Dale Carnegie, de Joseph Murphy, d’Anthony Robbins, de Stephen Covey ou de Deepak Chopra ont été traduits dans au moins une vingtaine de langues et continuent d’apparaître sur les listes des bestsellers.

Le présent article propose une approche différente. Elle se distingue de la plupart de ces publications, sinon par le ton plus modeste, du moins par une recherche plus profonde, favorisant des techniques de méditation.

Mon approche est moins focalisée sur la volonté d’obtenir de brillants résultats, qui dans certains cas peuvent ne pas durer, que sur la recherche d’un chemin vers les sources intérieures. Il n’est pas nécessaire, dans ce but, de suivre des cours ou de faire une grande recherche bibliographique.

Tout ce qui est à savoir et à développer est contenu, en forme d’hologramme, dans l’unique soi. Si donc l’unique soi est le guide, tel que l’affirme, par exemple, le sage Ramana Maharshi, je ne vois pas pourquoi on devrait dépenser des fortunes à des ouvrages-guide qui ne font qu’affirmer des vérités intuitives que vous possédez, littéralement, à l’intérieur de vous.

Après tout, un gourou ne peut parler que de son propre expérience, mais la vôtre n’est pas la même que celle du gourou; vous ne pouvez jamais faire ce qu’il a fait, car votre action, tout simplement, sera différente.

Donc, quand vous pensez à vous développer, à évoluer, pourquoi allez-vous demander à un gourou de vous guider?

Pourquoi ne demandez-vous pas à votre guide intérieur, l’unique soi? Ce petit texte ne vous coûte pas beaucoup de temps à investir pour sa lecture. C’est un rien comparé aux volumes écrits par des gourous d’hier et d’aujourd’hui.

Et pourtant, il y a tout ici que vous devez savoir sur le vrai et l’unique gourou qu’existe, votre unique soi.

L’unique soi

Le travail de développement de soi n’est pas une invention moderne, loin de là. Il existe depuis les temps les plus reculés. Il a été pratiqué et enseigné par les anciens sages; il faisait partie intégrale des rites d’initiation des égyptiens et des grecs anciens, des celtes et de maints autres peuples.

Ce travail, en effet, est à la base du chamanisme qui est l’une des voies à la perfection humaine, et à l’action vraie. Cet enseignement se trouve aussi dans les publications saintes, ainsi que dans la littérature des soufis et des maîtres orientaux, des yogis et des alchimistes.

Lorsqu’on cultive jusqu’à l’excès le goût de la nouveauté, si typique pour la société américaine, on doit constater que les trends qui, dans ce pays, changent presque aussi vite que le temps, sont capable d’influencer les opinions scientifiques et publiques dans le monde entier. En réalité, ils ne font que rebaptiser un vocabulaire ancien afin de pouvoir vendre des livres qui en réalité ne font que répéter d’anciens enseignements précieux que notre civilisation moderne a oubliés.

La nécessité, aujourd’hui, c’est de retrouver la vraie place de l’homme au sein du cosmos, tant au niveau personnel, individuel, qu’au niveau collectif et transpersonnel. Il est également nécessaire de trouver ou de retrouver des sources de savoir et de pouvoir qui nous aident à trouver ce chemin.

Face à cette nécessité, le danger inhérent à la reformulation d’anciennes vérités dans le langage du jour, c’est qu’au lieu de poursuivre une recherche spirituelle, digne de ce nom et capable de nous faire retrouver nos racines, nous allons rapidement faire face à un marché aux puces où les brocanteurs nous vendrons ‘du spirituel’ adapté à tous les goûts, mais totalement déconnecté de sa véritable vocation.

C’est ce qu’on appelle la vulgarisation, mais c’est une coutume, il me semble, si enracinée dans la culture (ou plutôt la non-culture) américaine, que nous devons biens l’accepter.

Tous ceux qui ne peuvent reconnaître l’unique vérité derrière toutes ces manifestations, peuvent se perdre facilement dans le marché spirituel du mouvement Nouvel Age pour développer de la boomeritis. Leur quête d’individualité et d’unicité sera la proie facile des marchands du temple qui naviguent sur la vague spirituelle actuelle de façon fort lucrative.

Je ne parle pas des auteurs sincères et respectés qui, avant de proposer leurs nouvelles réflexions, prennent référence explicite aux enseignements appropriés des anciens ou des populations tribales. Malheureusement ils représentent plutôt l’exception qui confirme la règle. Il semble qu’on vend mieux des bouquins qui ne citent pas la source de leur inspiration et qui affichent avec arrogance une image de parfaite originalité, plutôt que des livres bien recherchés et documentés, qui sont capables de commenter les origines de leur inspiration.

Cela aussi, c’est typiquement américain et marche beaucoup moins facilement en France, par exemple, ou en Italie. Dans ce sens, le présent article est une brève étude des sources dont se nourrissent la plupart des méthodes actuelles de développement de soi. Que ce soit la fameuse PLN, la méditation, le yoga, les techniques de visualisation, le changement du scripting intérieur et maint d’autres.

Que peut bien être la valeur d’un tel projet, me demandé-je au début de ma réflexion? Ceux qui s’intéressent à développer leurs ressources intérieures, sont-ils vraiment intéressés à plonger dans le puits d’idées originales qui sont à la base des enseignements qu’ils peuvent rencontrer sous des noms variés et dont ils ignorent la raison profonde? Je me dis alors qu’il doit y avoir des gens qui ne veulent pas en savoir plus ou qui, pour des raisons pratiques, n’y attachent pas d’intérêt.

D’autre part, je me dis qu’il doit également y avoir un certain nombre d’individus qui ne cherchent pas un enseignement ou une pratique, mais bien un corps de savoir complet, une approche holistique de la vérité profondément enracinée dans une quête philosophique, peut-être millénaire, de l’homme-savant.

Lire et digérer des concepts est une activité qui nourrit le cerveau gauche mais qui n’a guère d’intérêt pour le besoin synthétique du cerveau droit. Il est nécessaire, pour développer la pensée holistique, qui est celle de l’unique soi, de maintenir un équilibre entre les deux hémisphères cérébraux.

Au moment où j’écris ceci, j’écoute délibérément de la musique, afin de stimuler mon cerveau droit. Cela aura pour résultat de coordonner plus vite mes pensées sans que je sois obligé de les chercher; la musique rends notre pensée plus coordonnée, plus synthétique. De plus, la musique bien choisie nous détend et contribue à nous mettre dans un état hypnotique ou hypnagogique, un état réceptif et créatif.

C’est dans cet état-là, aussi appelé état alpha que nous devenons créateur, que nous développons nos talents innés.

Un guide aide pour atteindre le but que l’on s’est fixé. L’unique soi est toujours actif, et dirige et contrôle notre développement spirituel. Il n’obéit à aucun gourou car l’unique soi est le seul et vrai guide. Tout gourou qui viendrait à croiser notre route, dans quelle dimension que ce soit, est l’envoyé du soi.

Avant d’entrer dans le fonds de mon message, j’aimerais vous donner quelques conseils pratiques qui ont pour but de renforcer en vous le lien avec l’unique soi.

Premier conseil

Observer

Observez tout ce qui vous empêche, ici et maintenant, de trouver la paix la plus complète, la plus heureuse, la plus divine! Qu’est-ce qui vous manque, qu’est-ce qui vous fait défaut pour y arriver? Prenez un papier et faites une liste de tous les points qui vous viennent à l’esprit. C’est une sorte de liste négative. Vous écrivez, dans cette liste, tous les obstacles à votre bonheur, qu’ils soient de nature financière, personnelle, historique ou globale.

Par exemple, si vous croyez que le fait d’être juif vous empêche de trouver le bien qui vous est dû sur terre, alors écrivez ‘C’est parce que je suis juif que je ne peux être riche, reconnu et heureux’. Si vous êtes une jeune fille et ne trouvez pas d’amoureux, écrivez alors: ‘C’est parce que je suis trop timide [bête, grosse …] que je ne trouve pas d’homme qui me désire.’

Pourquoi faire cela? Quand vous écrivez vos pensées négatives, la négativité qui y est attachée, peu à peu se dissout. Pourquoi? C’est simplement parce que vous focalisez votre conscience à ce qui ne va pas. Résultat? Vous allez dissoudre ce qui ne va pas. Pourquoi, encore? Parce que tout se dissout sous la lumière de la conscience.

Et pourquoi encore? Parce que la conscience est fluide, et les problèmes sont statiques. Cela est donc une fonction bioénergétique. Parlez du diable, et le diable s’approche de vous. Parlez constamment du diable, et vous allez établir une défense contre le diable.

Ou, comme les bouddhistes le disent: vous allez repousser le poisson que vous essayez de saisir et captiver entre vos mains. Quand vous affirmez que vous êtes stupide, le moment après, vous allez être moins stupide!

Et regardez cela encore! Vous allez écrire simplement ce que vous avez toujours pensé, et tout d’un coup, cette affirmation vous semble ridicule. C’est notamment parce que cela n’a pas toujours été ainsi, parce que vous n’avez pas toujours été négatif (négative). Il y a eu des événements qui ont fait que vous êtes devenu(e) pessimiste. Vous allez constater que certaines de ces affirmations, une fois que vous les avez fixées sur papier et les relisez, vous semblent tellement stupides que vous commencez à les remettre en question. C’est à ce moment de doute que la vérité peut s’installer en vous, et que la voix de l’unique soi peut être entendu.

Cette liste faite, engagez-vous dans une tâche plus importante encore. Établissez une liste positive. C’est une liste qui contient tous vos désirs, matériels et immatériels, tout ce que vous désirez avoir ou être. Ce travail intellectuel de préparation et de programmation de votre nouveau futur, c’est avec votre cerveau gauche que vous allez le faire. Quant à l’autre part du travail qui vous attend, il sera tout à fait différent.

Second conseil

Focaliser

La religion résulte d’une liaison avec l’unique soi. Êtes-vous en ligne? Êtes-vous aligné? Comment y arriver? En regardant au-dedans de vous. L’introspection est une très vieille technique pour nous relier à la source, et c’est pour cette raison qu’on appelle cela ‘religion.’ Car religion veut dire religio, du latin relinquere, relier. Le mot traduit correctement la signification.

Hélas, la pratique des organisations dites ‘religieuses’ en a perverti le sens original et l’a complètement inversé.

La religion naturelle procède de l’intérieur vers l’extérieur, il y a donc quête de soi, tandis que ces organisations travaillent à la périphérie de l’être, et donc par endoctrinement.

Le secret et le réel

Une approche intérieure à la vie, un examen de ce que c’est que d’être religieux, une introspection visant à la découverte de l’au-delà en nous, n’est-ce pas une démarche qui doit être extrêmement rigoureuse?

Vous allez me demander si c’est une approche mystique ou plutôt scientifique? Et je vous réponds que notre âme est un jardin infâme où se trouvent les plus profondes ténèbres de notre être, mais aussi notre plus grande ressemblance au divin, notre dieu intérieur, notre unique soi! Si l’on regarde le dehors et non pas le dedans, ne se perdra-t-on pas dans d’innombrables projections, dans d’innombrables concepts mentaux, dans d’innombrables rationalisations et superstitions?

Ainsi, je vais tout simplement poser des questions. Je ne donne pas de réponses. Car je ne sais rien. Je demande, j’interroge, comme tout être humain doit demander, interroger, scruter, observer, s’il est honnête avec soi et les autres. En fait, il n’y a pas de réponses. Constatons plutôt notre réalité, notre présent: nous sommes dans le doute, dans la confusion, dans la violence.

Il nous faut donc poser des questions, et non pas donner des réponses, car les réponses bloquent toute recherche. La réponse met fin à la question; il faut justement que nous restions avec la question. Si la question reste sans réponse, elle reste en nous, elle germe, elle se développe, elle se transforme, et elle devient créatrice! Il faut donc rester avec les questions que nous nous posons, et non pas chercher des réponses.

Comment savons-nous ce que veut exprimer l’autre? Savez-vous ce que veut exprimer votre propre langage? Savez-vous utiliser correctement les mots, les notions, les expressions, les termes? Observez-vous comment vous créez votre langage, comment vous le changez, comment vous le recréez?

Avez-vous une fois observé à quel point votre langage est le produit de votre conditionnement mental, social, culturel, émotionnel, psychique et sexuel?

Chacun a son langage, n’est-ce pas? Ce langage, n’est-ce pas le fruit d’un long processus d’apprentissage? Chacun a donc son langage, utilise des notions, des mots, des phrases, d’après son propre conditionnement, personnel ou culturel ou religieux dans le sens d’un dogme, d’un culte, d’un rituel, d’une forme organisée ou autre.

Pour donner un exemple de ce problème de toute relation humaine, nous allons voir un homme que certains appellent un saint. Nous y allons et nous l’entendons parler. Cet homme parle de la réalité. Il a fait des expériences spirituelles, on dit. En effet, il parle, presque constamment, de la réalité. Et nous ne savons que penser et nous demandons de quel réalité il s’agit?

Comment savons-nous ce que cette personne entend alors par ‘réalité’? Est-ce quelque chose qui peut être communiqué? Comment parvenez-vous à saisir le sens derrière le mot, vu que vous êtes autre que votre interlocuteur, que vous êtes différent de lui? Pouvez-vous jamais saisir le sens exacte de sa parole, vu que celle-ci n’est qu’une transcription de son expérience sensorielle ou extrasensorielle et que vous n’avez pas pu partager cet événement avec lui. Et même si vous aviez vécu l’expérience avec cette personne, vous l’auriez certes vu et vécu différemment, car vous est autre, vous êtes la summa summaris de votre conditionnement.

Chacun d’entre nous, n’est-ce pas ainsi, est conditionné de façon différente, même si nous avons passé par des événements très semblables. Ce qui est essentiellement différent n’est pas le stimulus, mais notre réaction au stimulus, c’est-à-dire aux influences qui nous conditionnent. Cette réaction est toujours individuelle car elle dépend de l’état de notre corps et de notre âme. Peut-il donc y avoir communication verbale sur l’expérience religieuse et donc sur la réalité?

Le corps et l’âme

Nous nous distinguons par nos corps et nos âmes. Le désir nous pousse à unir nos corps, à nous accoupler à un autre corps que nous trouvons beau, attirant, séduisant, mignon, doux. Le désir nous fait aimer le corps, le nôtre et celui de l’autre; le désir développe notre corps lors de notre croissance; le désir nous donne jouissance, et, si nous le comprenons intelligemment, nous développons notre beauté et notre grâce.

Le désir est à l’origine même de la vie; il crée, procrée, construit, transforme. Le désir nous anime et nous rassure la pulsation de l’élan vital, essentiel pour la santé psychique et physique et la longévité.

Mais il y a aussi le désir de s’unir à l’âme de l’autre; c’est ce qu’on appelle l’amour. Est-ce un autre désir que celui qui désire le corps? Ou bien n’est-ce peut-être pas un désir du tout? Est-ce que l’amour est-il en dehors de tout désir? Est-ce que le désir du corps, ce que nous appelons désir sexuel, est-il lié au corps? Est-ce que c’est donc un désir du corps?

Et l’amour, est-il un désir de l’âme? L’amour, existe-t-il donc indépendamment du corps?

Si vous désirez un autre corps, est-ce votre corps qui le désire? Peut-on désirer un corps, tout simplement un corps? Si le désir sexuel nous entraine à faire l’amour avec telle ou telle personne, est-ce possible que nous ne désirions que le corps de cette personne?

Mais comment est-ce possible, vu qu’il n’y a pas de corps vivant qui n’est pas animé d’un élan vital, et doté d’une âme incarnée? Seuls ceux qui désirent des cadavres ne désirent qu’un corps pour leur plaisir. Et cela est une perversion très rare.

On peut alors dire qu’en général, si l’on est attiré par une personne, il n’est logiquement pas possible que d’être attiré seulement par le corps de cette personne et non pas par son âme. Car l’âme s’exprime à travers le corps, forme le corps, lui donne sa vie, sa beauté, son flair érotique, son charme, son aura.

Un corps, en tant que corps, peut-il désirer? Si l’on adhère au concept dualiste qui postule la distinction entre corps et âme, concept platonicien et plus tard chrétien, le corps et l’âme peuvent exister à deux niveaux, pour ainsi dire.

Mais un corps sans âme est mort! Un corps sans âme est un cadavre car la mort se définit par le fait que l’âme a quitté le corps et survit dans un corps fluide, subtil ou astral, peu importe l’expression. Le corps en tant que tel ne peut donc rien désirer. C’est toujours le psychisme qui désire. Le désir se situe donc dans la psyché, et c’est de là seulement qu’il est transmis dans le corps où il devient visible par des réactions physiologiques.

Et l’amour, nous l’avons vu, est également lié à l’âme. Désir sexuel et l’amour, comment donc peuvent-ils être séparés comme le prétend ce concept dualiste? Comment peut-il y avoir séparation lors de l’union? Est-ce que le corps désire un autre corps puisqu’il ne se contente pas de lui-même?

Il existe un mythe antique, exposé dans le Banquet de Platon, qui explique que le désir provient du fait que, dans les temps archaïques, nous avions été androgynes et bisexués, plus complet donc dans le sens que nous aurions eu les deux sexes unis en nous-mêmes. Mais le désir, est-il toujours le désir pour l’autre sexe? Le désir homosexuel, n’est-il pas désir?

La psychanalyse a révélé que nous sommes tous et toutes psychiquement bisexuel(le)s.

La Cabale, le tantrisme, le taoïsme et d’autres religions anciennes le savaient depuis longtemps. Dans le Tarot, sur l’arcane du Monde se trouve la fin du voyage du Fou, l’Androgyne, l’être supérieur, car intégré. L’archétype de la complémentarité, de l’être complet, ne peut être conçu que de façon hermaphroditique. De même, les termes de Naljorpa en tibétain et de Yogi en sanscrit ont entre autres la signification de celui qui est l’accomplissement de l’union des principes mâle et femelle.

Mais cet archétype n’est pas à la base du désir. Il représente plutôt la sublimation du désir, le contentement en soi. Il est à la fois le départ, l’enfance, et la fin, la vieillesse, du voyage de la vie. Le désir n’est donc pas forcément la recherche de l’autre sexe. Le désir se porte toujours sur un individu, une personne autre que celui qui désire et il se porte, nous l’avons vu, sur le corps et l’âme et cet individu. Peu importe comment nous expliquons l’existence du désir, par ce mythe ancien, ou autrement.

Ou bien, pouvons-nous rester avec la question, sans chercher une réponse? Il est évident que sans désir, il n’y a pas de vie. Le désir appartient donc à la vie. Cette simple observation ne peut-elle pas suffire comme réponse?

Désir et moralité

Toutes les morales, soit-elles religieuses ou idéologiques se sont appropriées le droit de réglementer le désir, le choix de l’objet désiré, les modes de satisfaction du désir; elles sont allées jusqu’au point de castrer le désir par la création artificielle d’un mode de vie appelé la chasteté, soit de le permettre partiellement tout en le condamnant, soit de le mutiler, soit de le sacrifier. On se demande à juste titre de quel droit ces morales agissent? D’un droit naturel?

Mais quelle nature donnerait un droit à une autorité qui la trahit à tel point? Ces morales ont établi des lois, d’abord ecclésiastiques, plus tard étatiques, qui réglementent le désir selon les critères du sexe et de l’âge des partenaires, et selon les moyens de le satisfaire.

La morale donne des réponses. La vie pose des questions. L’une de ces questions est comment l’amour et le désir peuvent-ils arriver à être séparés, comme ils le sont, de fait, aujourd’hui?

La morale, qu’a-t-elle faite? A-t-elle tué l’amour? N’entrave-t-elle pas l’amour? L’amour disséqué, survit-il? L’amour morcelé en amour de parents, amour de soi, amour sexuel, amour du prochain, reste-t-il amour? Ou bien devient-il un concept mental ou moral qui porte une étiquette: l’amour tel et tel …? L’amour devenu respectable, reste-t-il amour? Ou bien devient-il plutôt quelque notion hypocrite qui n’a pas mérité de porter le nom amour?

Les images du désir n’ont-elles pas toujours été des archétypes? Dans toutes les vieilles religions tel que le tantrisme indien, le taoïsme chinois et la cabale juive, la sexualité, l’union de l’homme avec sa jeune épouse a été reconnue comme essentiel pour un rapprochement du Divin, du flux vital, du mystère et à la signification profonde de la vie.

Peut-on aller même plus loin, au début du troisième millénaire, et valoriser le désir sans aucun concept moral? Peut-on ainsi reconnaître la vie dans toutes ses formes et ses caprices?

Ne serait-ce pas faire valoir l’homme et son destin, vu le fait que l’homme se distingue de l’animal justement par le fait qu’il naît sans aucun instinct, veut dire conditionnement sexuel et que, pour cette raison, s’adapte, se plie, tel une fleur de lotus, au vent, aux courants de son existence, non seulement pour survivre, mais pour tirer le maximum de bonheur de sa vie, le maximum d’épanouissement et d’amour?

Pourquoi cette sagesse s’est-elle perdue au cours du processus historique que nous appelons la ‘civilisation?’ Pourquoi la morale vise-t-elle à détruire la vie, le plaisir, la jouissance, le bonheur? Pourquoi le malheur de la crucifixion personnelle par une culpabilité collective voulant que l’individu soit subjugué sous des doctrines pseudo-religieuses qui renient la vie et enfantent la violence, ou sous le soi-disant progrès, ou encore sous l’une ou l’autre idéologie, soit-elle capitaliste, militariste, socialiste, fasciste, communiste ou autre?

Pourquoi crucifier, culpabiliser, avoir honte de la vie et des fonctions naturelles? Pourquoi condamner, réglementer, disséquer le désir, l’amour? D’où vient cette farouche arrogance qui prétend savoir quel genre de désir est naturel et quel sorte de désir dénaturée? D’où vient cette haine contre la vie, le bonheur, le plaisir?

Pourquoi l’efficacité, le devoir et l’utilité sont-ils devenus plus importants que l’amour? Pourquoi avons-nous permis et toléré que la morale tue l’amour, le désir, la vie? Pourquoi ces cultures hautement industrialisées et soi-disant civilisées exhalent-elles une telle odeur de cadavre? Pourquoi leur flux de vie est-il complètement bloqué? Pourquoi tant de glace et de misère dans les relations humaines, tant de suspicion et de persécution?

La peste émotionnelle, comme disait Reich, est bien cela, il semble. C’est l’agonie devant une transformation complète des valeurs et surtout des fausses valeurs et des pseudo valeurs qui nous ont apporté rien de valable.

Les signes de cette transformation socioculturelle globale sont bien visibles. Mais notre regard devrait plutôt se projeter à l’intérieur de notre monde individuel au lieu d’être prosterné devant les cataclysmes inévitables à l’extérieur. Là, où l’on peut agir, à l’intérieur de nous-même, dans l’âme, là il y assez à faire!

L’approche du Divin?

Peut-on approcher le Divin? Peut-on approcher l’inconnu par un concept mental, une rationalisation intellectuelle que l’on appelle Dieu ou autre?

Peut-on y arriver par la croyance? Qu’est-ce qu’une croyance? Est-ce autre chose qu’un concept mental? Ou est-ce également une construction de la pensée comme le sont les idéaux, les idéologies, les théories religieuses, scientifiques ou autres?

La foi, est-ce une approche du Divin? Peut-on du tout s’approcher du Divin? Ou bien peut seul le divin nous approcher, comme le font croire certaines religions?

L’approche du Divin en nous, peut-on la préparer, la cultiver? Peut-on devenir homme religieux, capable de se vider de tout conditionnement reçu, de tout concept mental, de toute croyance? Peut-on devenir saint?

Ou bien sommes-nous choisis par le Divin, prédestinés en avance d’être des seaux ou des sots?

Qu’est-ce que c’est que de vivre une vie religieuse? Est-ce s’attacher à une croyance, à une secte, à un dogme religieux ou spirituel? Est-ce croire du tout? Est-ce réfléchir? Ou est-ce sentir intuitivement?

Est-ce le savoir spirituel, ésotérique, qui nous y prépare ou bien une pratique yogique, une ascèse, ou l’abnégation de soi? Est-ce l’enseignement d’un Christ, d’un Prophète, d’un Bouddha?

Est-ce la discipline pour un rituel, un culte particulier? Est-ce le sacrifice, la torture mentale ou bien l’apaisement des pensées, le silence intérieur? Est-ce quelque sagesse orientale ou un gourou particulier qui rejette tout, en doctrinant autre chose? Ou est-ce tout cela, et en même temps rien de cela?

N’est-ce pas plutôt un chemin personnel qui mène, en toute liberté, vers l’abîme? N’est-ce pas vivre dans une joie éclatante et dans un amour inconditionnel, la passion qui déchire le coeur?

N’est-ce pas rester ouvert et alterner, osciller comme la vie elle-même alterne, se transforme, oscille et change continuellement? N’est-ce pas sentir pleinement, tout, nous-même, les autres, et la nature qui nous entoure?

N’est-ce pas voir et entendre ce qui se passe en nous et en dehors de nous, devant nos yeux et par delà nos barrières? N’est-ce pas participer à la vie sans se retirer dans des murailles de pensée, de préjugés, de concepts mentaux, de théories? N’est-ce pas abandonner toute sécurité et se mettre dans la main de son destin? N’est-ce pas observer, scruter, questionner, mais en même temps rester humble, ne pas devenir arrogant, cynique ou froid?

N’est-ce pas s’épanouir dans son désir, dans la joie, mais aussi dans sa souffrance? N’est-ce pas accepter la vie telle qu’elle se présente et son destin tel qu’il est?

N’est-ce pas être joyeux et enfantin, créateur et spontané? N’est-ce pas observer ses attachements tout en essayant de ne pas les briser brutalement, mais les observer passivement parce qu’ils peuvent, eux aussi, nous être nécessaires dans une phase de vie ou une étape de notre développement?

N’est-ce pas, surtout, aimer et ne pas fuir l’amour?

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