Quelques idées au sujet de l’éducation

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Préface

L’enfant sain, c’est l’enfant au naturel.

Quand la nature n’a pas été courbée dans son essence énergétique active, la matière est infiniment souple et flexible. Le petit enfant qui grandit sans contrainte moraliste, c’est un enfant qui bouge, et qui exhale une haleine fraîche, parfumée de vie. L’enfant naturel, c’est l’enfant qui n’a pas été dénaturé par la fragmentation intrinsèque qui marque si profondément notre société; ce dualisme consiste en la division artificielle entre les émotions, d’une part, et la sensualité, de l’autre.

La vie est unité, et l’enfant naturellement vit dans un état non fragmenté, mais qui n’est pas à confondre avec le concept artificiel d’innocence de l’enfant, car l’idée puritaine de l’enfant asexué est issue du moralisme, et non pas d’une compréhension intelligente de la vie.

La vivisection de la vie engagée par une société cadavresque et aliénée de la nature résulte en la dichotomie entre une sorte d’affectivité purement platonique, d’une part, et de sexualité non-émotionnelle et mécanique, de l’autre.

La première partie du cadavre qui résulte du split schizophrène est réservée aux enfants, la deuxième partie est octroyée aux adultes entre vingt et quarante ans, comme code sexuel standard. Un tel vocabulaire est pervers.

Le fait même d’avoir créé un vecteur langagier qui pointe sur sexe sans à la fois pointer sur émotion, est une perversité de notre culture. Vu le paradigme de notre science mécaniste et cartésienne, il n’est pas à s’étonner du fait que l’homme occidental n’a jamais pu comprendre la logique fonctionnelle de ses émotions, et de sa sexualité.

Une approche éducative saine est fonctionnelle et intégrée, et non pas schizophrène, et elle doit surmonter, dans son paradigme de base, le dualisme néoplatoniste qui divise l’amour, et qui est basé sur les pulsions de mort, et non pas sur notre libido.

L’enfant est en harmonie intuitive avec la nature et donc, l’éducation n’a pas vraiment quelque chose à faire pour élever l’enfant. L’obligation d’une éducation amoureuse, comme je vais appeler l’éducation saine dans cet essai, se caractérise donc plutôt par un non-faire, une abstention et un déni volontaires d’intervention, un impératif catégorique du ne pas toucher au sacré.

L’éducateur sain, non névrosé, pour cette raison, est davantage observateur que manager éducatif, davantage témoin que juge, davantage ami que parent. Il reste pour autant l’accompagnant de l’enfant, un guide, un tuteur.

L’enfant vivant et vibrant assume des caractéristiques plutôt contraires à ce qu’on trouve normal de nos jours chez l’enfant consommateur. Il dort dans une transe si profonde qu’on peut le lancer dans l’air et le rattraper sans qu’il se réveille! Il auto-guérit presque toutes ses maladies, sans qu’une intervention médicale soit nécessaire. Son corps possède un système de résistance immunitaire presqu’infaillible, et il ne choppe donc point de maladies dont souffrent aujourd’hui la plupart des enfants consommateurs. Il est vivant sans être hyperactif, il bouge sans pour autant embêter son proche entourage, il est présent avec tout son âme et son corps sans imposer sa présence à ses proches comme un petit prince soûlé, insensible et pervers, tel que le font la plupart des enfants consommateurs de nos jours.

L’enfant naturel vit ses émotions, y inclues ses sentiments, sans exagération, d’une manière équilibrée. La spontanéité est de sa nature et il aime se livrer à des caresses avec ceux et celles qu’il aime, sans être pour le moindre affecté par le dualisme de la conscience de masse qui parle d’émotions, d’une part, et de sexe, de l’autre. Cette distinction échappe donc complètement à son esprit, car cette distinction même est le fruit pervers de la répression.

C’est pourquoi l’éducation amoureuse doit protéger l’enfant de la répression protectrice de l’enfant, et de ses avatars sadiques.

Dans la vie de l’enfant naturel, le corps joue un rôle important dans l’expression de soi, et surtout dans l’expression de l’affection, de l’amour et de la tendresse; il est donc de règle pour l’enfant naturel d’être sensuel. Sensuel, bien entendu, non pas selon la définition culturelle de ce terme, mais selon le code spontané de l’enfant.

C’est ici où la plupart des gens font défaut de comprendre la sensualité de l’enfant, projetant leur notion de sexualité telle qu’elle est issue de leur conditionnement culturel, sur l’enfant — ce qui n’est ni approprié ni utile pour comprendre la vie sentimentale et intime de l’enfant. Quand nous sommes vraiment relaxés, et quand il n’y a pas de culpabilité, nous nous trouvons dans un tel état enfantin qui fait qu’on aime se faire plaisir, qu’on aime donner et recevoir des tendresses.

L’idée même de distinguer, ici, entre tendresses sexuelles et d’autres dites non-sexuelles et perverse car engendrée par la culpabilité et la honte. Pour notre sentiment intime, il n’existe pas de telle distinction artificielle. Dans ces moments où notre désir est excité, nous sommes dans un état sacré qui est l’unité avec le soi. C’est un état religieux.

C’est cet état d’être qui doit impérativement être protégé par l’éducation, et c’est pour cette raison que j’appelle éducation amoureuse une éducation qui est protectrice de l’enfant au naturel, et qui renonce volontairement à conditionner l’enfant selon l’idéal social par la sordide manipulation de sa vie sentimentale et sensuelle qui est à la base même de la société moderne ‘de consommation.’

Introduction

Il me semble que les temps d’une éducation amoureuse dans le sens stendhalien sont définitivement passés. Et pourtant, ce texte se base sur cette ligne de pensée qui jadis faisait partie intégrale de la culture française. L’amour physique, aux 17e et 18e siècles n’était pas encore considéré comme un danger pour l’enfant tel que le veut faire savoir l’éducation moderne d’origine anglo-saxonne.

L’éducation de l’enfant, dans l’Ancien Régime, n’était peut-être pas explicite sur ce sujet, mais avait certes un regard plus ou moins permissif qui permettait à l’enfant de profiter d’une certaine jouissance secrète comme avant-goût des aventures adultes à venir. Aujourd’hui, il me semble, cette permissivité qui était jadis caractéristique de la culture française, s’est presque totalement perdue; et ceci bien entendu sous l’influence néfaste de la propagande nord-américaine avec tout son poids dans les sciences sociales et humaines.

Bien qu’en France il fasse toujours un peu mauvais goût d’être trop enflammé par les valeurs de l’oncle Sam, ces valeurs, ou plutôt pseudo-valeurs ont bel et bien pénétré tous les domaines de vie en France, et elles se sont établies surtout dans l’éducation institutionnelle des enfants.

Est-ce à déplorer? A mon avis oui, et gravement. Car ce qu’on est en train de faire, en écartant la sagesse déjà acquise dans des siècles antérieures, c’est de répéter d’anciennes erreurs et d’inculquer aux enfants un savoir standard qui, à la longue, détruit et l’enfant et l’éducateur. On a par contre appris des erreurs commises pendant les années hippies, les années ’60 et ’70, qu’il n’est pas non plus intelligent de transformer l’enfant en sauvage avant-gardiste sans respect pour ses prochains et sans culture intérieure. En fin de compte, il fallait comprendre que l’éducation n’est pas une question de politique ou d’idéologie, mais un art, une façon de comprendre l’enfant et ses besoins et, plus encore, une communication souple et intacte entre l’éducateur et l’enfant.

En pratique, ceci résulte très souvent en une sublime forme de complicité qui s’établit dans un laps de temps qui diffère d’un enfant à l’autre et d’une relation éducative à l’autre.

Cette complicité embrasse l’intimité et l’amitié, les bases de toute relation éducative réussie. Plus encore est le contact physique entre l’adulte et l’enfant condition primordiale pour une communication vraie, libre de tabous et sincère entre l’éducateur et l’enfant.

C’est ce que je pense aurait mérité le nom de l’éducation moderne, et non pas ce qu’on pratique aujourd’hui un peu partout, sous l’influence du big brother d’outre-mer: une éducation hautement rétrograde qui n’est pas adaptée à la culture française car elle se base sur un puritanisme typiquement anglo-saxon, et qui se caractérise par le seul trait à part son imbécillité totale, de son hypocrisie écoeurante qui écrase l’enfant sous le couvert de la Protection avec un P majuscule, et qui est clair et net un subterfuge d’esclavage.

L’enfant et son corps

Pourquoi est-il important de s’occuper en premier lieu du corps de l’enfant, et non pas de son esprit, de ses besoins corporels plus que de ses besoins intellectuels?

Dans la société actuelle, telle qu’elle se développe vers une ère de robotisme et d’automatisation, le corps de l’enfant a été sacrifié sur la croix de la technologie et du soi-disant progrès social. La plupart des religions représentent des idéologies hostiles à l’égard du corps et de ses besoins, aidées dans leur démarche néfaste par l’état policier; c’est ainsi qu’elles ont contribué à faire naître la société machine, qui ne fonctionne que sur un plan purement technologique et qui n’est plus apte à intégrer dans sa conception de la vie les besoins les plus fondamentaux de l’homme.

Pourtant l’homme, contrairement à ce que pensait le philosophe positiviste La Mettrie, n’est décidément pas une machine.

Pendant l’époque de la contre-culture hippie aux États-Unis, certains groupements alternatifs ont essayé de vivre un paradigme éducatif différent, un vécu plus proche à la terre, qui se base sur le savoir des aborigènes qui savent vivre en harmonie avec la terre. C’était l’époque où l’éducation, elle aussi, changeait sous la nouvelle conscience qui regardait l’enfant comme une grande personne, une personne complète au niveau ontologique. Mais il s’est vite avéré par la suite que cette sorte d’alternativisme n’était finalement qu’une fashion accompagnée d’une vague publicitaire qui se perdait assez vite dans l’oublie.

On avait expérimenté, ce qui est très utile et même indispensable, mais on s’était perdu dans des discussions inutiles, pour la plupart idéologiques, qui ne produirent que des chimères. Rien de durable n’a été créé, et les quelques écoles alternatives qui en furent le résultat tangible sont aujourd’hui oubliées.

Et pourtant, on ne peut pas pour autant dire que ces tentatives d’instaurer un nouveau monde, plus paisible, plus tolérant et plus permissif que jadis, étaient vouées à l’échec dès le début, voire qu’elles se basaient sur une illusion. La restauration politique et sociale qui débutait dans les années quatre-vingt n’aurait pas pu avoir lieu si ces efforts rénovateurs avaient été maintenus et renforcés.

En effet, il semble à présent que le monde mécanique, robotique et violent ait pris le dessus. De nos jours, c’est vraiment le retour presque mélodramatique à la stupidité, et ceci dans tous les domaines de la vie; c’est l’appel au traditionalisme international et la restauration fasciste qui ont réduit à néant tous ces efforts.

Le constat est que les masses de la populace internationale se sont rangées, peut-être involontairement, étant donné la manipulation des média, au côté de la restauration et de l’établi, refusant toute tentative de rénovation ou révolution en matière d’éducation.

Le peuple, en règle générale, craint les mouvements alternatifs et les aligne avec les pornographes et les pervers.

Néanmoins, les mouvements alternatifs ont donné une idée de quelque chose de nouveau et l’ont mis en pratique. Ils ont par exemple inauguré la libre sexualité entre adultes et enfants et ont donné la preuve que les thèses freudiennes et autres qui parlent de ‘traumatisme’ si l’enfant est précocement introduit à la sexualité, sont d’ordre mythologique.

En fait, les communes ont donné l’exemple du contraire: l’enfant élevé dans un milieu permissif et ouvert, qui a le droit à des relations de libre choix, amitiés ou passions, développe un corps sain, et une psyché équilibrée et bien adaptée aux exigences de la vie quotidienne, et par ailleurs un esprit vif et pétillant, une responsabilité bien développée et une amabilité naturelle et spontanée. Et surtout, il faut constater que chez ces enfants, il n’y a pas cette haine farouche qui pervertit la grande masse d’enfants élevés sous un paradigme répressif et hostile à l’expression libre des émotions et de l’érotisme.

Hélas, ces connaissances et expériences se sont perdues dans quelques vagues descriptions que l’on peut retrouver dans des livres stockés dans des bibliothèques, qui sont pour la plupart oubliés. La société actuelle n’a pas d’intérêt de favoriser de telles connaissances, car un jeune individu avec ses sens éveillés, initié aux joies et plaisirs et à l’esprit vif et critique ne réagira que très peu aux séductions mensongères de la publicité et de l’état policier devenu séducteur lui-même dans son rôle de protecteur de la consommation forcée et forcenée.

Toutefois, pour celui qui est éducateur passionné, il est indispensable de prendre en considération ces expériences et de les évaluer d’une façon méthodique et pragmatique. Si l’on veut comprendre l’enfant, il faut, pour ainsi dire, passer par son corps, pour le libérer de son enchaînement et de son emprisonnement culturel. Un enfant qui vit dans un corps bloqué au niveau musculaire souffre inévitablement d’angoisses et de crispations névrotiques; il peut s’épanouir de façon intégrale.

Si l’on utilise l’approche traditionnelle et commence, pour ainsi dire, par la tête de l’enfant, et non pas par ses pieds, on n’arrive qu’à renforcer les blocages corporels. En même temps, on mécanise l’esprit au lieu de l’ouvrir et l’enfant devient une sorte de marionnette sage et polie, sans vie et sans pulsions actives et créatrices. La psychanalyse d’enfant a montré que ces enfants-là sont submergé de pulsions secondaires, perverses, sadiques et destructrices.

La seule manière de protéger l’esprit créateur de l’enfant est celle qui agit en connaissance des pulsions créatrices de l’enfant, c’est-à-dire de sa sexualité, et qui aide l’enfant à développer et à cultiver ses pulsions sexuelles le plus parfaitement possible. Une telle éducation doit rompre avec le tabou corporel entre l’adulte-éducateur et l’enfant-élève tel qu’il a été imposé et institutionnalisé par la tradition patriarcale. Car ce tabou pose l’interdit aux contacts physiques, essentiels à l’épanouissement corporel et mental de l’enfant, ainsi condamnant les contacts éducatifs à la stérilité et au mensonge.

Au nom d’une notion vague de pureté de l’enfant et de la relation éducative, l’éducateur désirant l’enfant dans son corps est volontairement castré dans son désir et sa créativité éducatives. Car ce n’est que dans la vivacité de nos émotions que la créativité peur jaillir et grandir dans de dimensions toujours nouvelles et plus grandes. De la même façon, le concept traditionnel éducatif impose à l’enfant le renoncement à son désir à lui quand ce désir porte sur la personne de l’éducateur ou de l’éducatrice, ainsi castrant ce désir à la racine de son jaillissement.

On interdit à l’enfant la joie, mais on lui impose la douleur, on le prend pour assez adulte de pouvoir digérer le traumatisme du renoncement précoce du désir, mais on le prend pour trop infantile de pouvoir digérer l’éjaculation de la joie de son désir … Voilà à quel point cette approche est perverse et vide de sens.

La sagesse spirituelle et mentale ne peut s’atteindre sans embrasser la sagesse du corps! Les sages de tous les temps le savaient, mais ne le dirent pour la plupart pas aux masses. Ils avaient beau parler, faisant nous parvenir leur honorable enseignement dans leurs années de vieillesse, après avoir vécu des années de pèlerinages souvent comblées de recherches et d’accomplissements sexuelles multiples.

Une éducation qui veut éviter les extrêmes, doit combiner un enseignement corporel comprenant la dimension sensuelle avec un accompagnement mental et spirituel systématique de l’enfant, se portant sur tous les aspects de la vie dans notre époque. Ceci doit se faire sans attache exagérée à une culture spécifique, mais plutôt de façon pragmatique, sans pour autant renier les racines culturelles de l’enfant à lui ou à elle.

L’éducateur et son corps

L’éducateur ne peut éduquer que s’il est épris de l’enfant, s’il en fantasme, s’il en tombe amoureux, s’il en rêve, en un mot, s’il désire l’enfant dans son corps.

Le désir est le moteur de l’éducation, de la même façon qu’il est le moteur de la reproduction. L’éducation peut ainsi être considérée comme le prolongement de la gestation ou de la conception.

On dit en français qu’on désire un enfant, ce qui exprime très concrètement que c’est le désir sexuel se portant sur l’enfant qui est à la base de la vie humaine. Mais c’est ce même désir qui motive l’éducateur de s’occuper des enfants, avec l’ensemble d’efforts, de peines et de joies que cela comprend.

Et c’est bel et bien un désir pédophile qui anime et les parents reproducteurs et les éducateurs réformateurs de l’enfant; et ce n’est que ce désir qui fait que l’on s’occupe d’enfants du tout. Car ceux qui n’en sont pas animés, s’occupent plutôt d’ordinateurs ou d’avions, ne désirent pas avoir d’enfants à eux, et ne couchent qu’avec des adultes …

Les éducateurs potentiels, ceux qui en sont doués, désirent, dans leurs fantasmes sexuels, coucher avec des mineurs, filles ou garçons. Ils sont attirés par le corps svelte, doux et petit de l’enfant, par la finesse de sa jeune peau, par le manque de poils sur son corps, par tout ce qui exprime physiquement la fraîcheur de l’enfant, sa jeunesse, sa vérité intrinsèque et nonchalante.

Ce que je dis là, bien entendu, n’est pas nouveau et se trouve déjà exprimé dans les écrits de Platon et d’autres philosophes classiques de la culture ancienne minoenne, hellénique, romaine, persane, égyptienne et autres.

Le Christianisme cachait cette vérité derrière des murs de mensonges et finalement, de nos jours, elle a été retrouvée par des éducateurs avant-gardistes, mais qui se taisent, pour la plupart, et pour de bonnes raisons.

L’éducateur qui veut comprendre le désir de l’enfant, doit d’abord comprendre son désir à lui. Cela veut dire qu’il doit se rendre compte de ses pulsions pédophiles réprimées et inconscientes, car ces pulsions inconscientes facilement se pervertissent en agissements manipulateurs à l’endroit de l’enfant. Il vaut mieux que l’adulte parle ouvertement à l’enfant, lui avouant son désir. Car c’est le mensonge sexuel qui pervertit, la honte, et la culpabilité, et non pas la sexualité elle-même.

En outre, l’éducateur ne peut que difficilement respecter le tabou sexuel que la société impose s’il n’en parle pas, s’il ne l’exprime pas dans le langage. L’enfant, à son tour, choisit l’éducateur qu’il désire, lui, même si ce choix qui est aussi un choix émotionnel et parfois sexuel, se fait souvent inconsciemment.

L’éducateur qui comprend son corps et ses désirs à lui, va comprendre l’enfant et pourra l’accompagner dans ce qui est le plus essentiel dans sa vie: dans ses sentiments, ses désirs et ses aspirations amoureuses.

Ces fantasmes, toutefois, doivent être assumés et vécus de façon consciente et responsable, car quand ils sont réprimés, la personne va souffrir du fait que le contact libre, enthousiaste et positivement érotique avec l’élève ne peut se prolonger jusqu’au lit. C’est le fantasme justement qui aide à renoncer au désir dans la réalité physique de tous les jours, et non pas la répression du fantasme, et ceci d’autant plus dans une société qui, si nous le voulons ou non, a rendu tabou absolu les relations sexuelles entre éducateurs et élèves.

Sans fantasmes, il y a perversion du désir en besoin, et de là résulte toujours la manipulation de l’autre, surtout dans la relation tutélaire.

L’éveil de l’extase et de l’enthousiasme

Par l’éveil sexuel, l’enfant commence à comprendre la dimension de l’extase dans la vie. L’enfant observe peu à peu que l’extase prend part de sa vie, et que cette extase se prolonge dans l’enthousiasme. L’enfant observe que la vie commence à tourner dans une direction plus exaltante qu’à la maison, et assume une importance jusqu’alors inconnue. Il voit que cet enthousiasme se fonde sur l’extase comme expérience quotidienne dont la recherche fait partie de toute vie adulte. Il tâtonne dans le domaine du désir et commence à découvrir son désir à lui.

L’enthousiasme se développe chez l’enfant dans la mesure où il se sent accepté et aimé par son entourage. L’enthousiasme est naturellement un sentiment vaste et très créateur. Il se porte souvent sur une chose spécifique, un jeu, un travail, quelque chose à apprendre, ou sur une personne.

C’est pourquoi l’éducateur qui est capable d’éveiller l’enthousiasme chez l’enfant est heureux. Il est récompensé par l’enthousiasme de l’enfant qui le rend lui-même enthousiaste et plein d’entrain. Il y a là un sentiment de plénitude qui se développe et qui emporte l’enfant et l’éducateur tous les deux à des dimensions supérieures de vie. L’éducateur ressent de la gratitude vis-à-vis de l’enfant et exprime ce sentiment d’une façon ou d’une autre.

L’enfant ressent cette gratitude de son côté, même si beaucoup d’enfants n’en parlent jamais; il est d’ailleurs erroné de se fâcher quand l’enfant n’exprime pas sa gratitude; cette attitude part de l’idée que l’enfant exprime toujours ce qu’il ressent, mais il n’en est pas ainsi chez la plupart des enfants. L’enfant aime retenir des sentiments précieux à lui ou à elle. C’est son petit coin secret que l’adulte savant ne lui hôte jamais.

Il est en effet plus sage de ne pas questionner l’enfant sur ses sentiments. Car ceci lui donne facilement un sentiment de culpabilité ou même d’infériorité. Car l’enfant se sentira moins en sécurité parce qu’il ressent l’adulte comme policier. Il n’est d’ailleurs pas l’usage entre adultes de se questionner sur des sentiments que l’autre ne veut visiblement révéler. C’est une question de tact.

L’enthousiasme se développe chez l’enfant par le partage; ce peut être le partage d’un jeu ou le partage d’une activité ou peut-être le fait de partager en tant que tel.

Le partage est l’un des plus grands dons qu’a l’homme. Partager nous rend heureux au plus profond de nos coeurs.

C’est par le partage que l’enfant devient confiant et facile dans sa communication avec l’entourage. On appelle égoïste les gens qui ne veulent pas partager. C’est des gens malheureux à qui leur entourage d’enfance n’a pas montré les bienfaits du partage. Ce n’est souvent pas de leur faute et il n’est pas exclu qu’un égoïste farouche se transforme, une fois qu’il a sincèrement pu ressentir le bonheur du partage, du fait qu’un autre a partagé quelque chose avec lui.

Cela sonne un peu idéaliste mais c’est simplement une vérité psychologique. Nous sommes tous égoïstes par ignorance, ignorance du vrai bonheur qui est surtout le bonheur du partage!

L’éducateur savant n’impose pas à l’enfant des vertus et ne l’éduque pas à partager. Car cela rend l’enfant hypocrite. La seule façon d’enseigner est de vivre son enseignement. Si l’attitude de partage est naturelle et spontanée chez l’éducateur, l’enfant va imiter son comportement et adopter cette faculté.

Corps, sentiments et facultés mentales

L’enfant qui a un corps libre de tensions apprend naturellement et efficacement. Les tensions musculaires sont des somatisations d’une condition de blocage au niveau mental, et plus encore dans l’émotionnel; elles trahissent des tensions psychiques et des complexes psychologiques. C’est pourquoi l’enfant profite grandement de massages et de sports doux tels que la natation ou le ping-pong. Par contre, les sports durs tels que le football, la boxe ou le tennis mènent à la crispation du l’ensemble musculaire du corps de l’enfant et à un retardement mental par la suite.

Massage, natation et sauna sont des moyens idéals pour adoucir le corps de l’enfant, ou plutôt pour sa protection contre le durcissement. De par la nature, le corps de l’enfant est très doux et flexible et se durcit seulement au cours des années, en fonction des frustrations et sentiments négatifs qui deviennent blocages musculaires et ensuite maladies psychosomatiques.

Le corps et les sentiments se trouvent dans une relation de parenté: corps doux et souple, sentiments doux et souples, corps dur et bloqué, sentiments durs et bloqués. L’enfant doux et aimable possède un corps doux et souple, et ses muscles sont relaxés et flexibles. L’enfant haineux et renfermé vit dans un corps durci de tensions musculaires.

Il est donc indispensable, si l’on veut aider l’enfant à maintenir sa souplesse et son amabilité naturelle, de lui donner l’occasion de se relaxer souvent, d’une part par moyen du sommeil suffisant et profond, et d’autre part par le massage, la sauna, le bain chaud et par la natation et le jeu en plein air.

La nudité, elle aussi, joue un rôle important dans la dissolution de tensions musculaires. Elle aussi représente un partage. Être nu à plusieurs veut dire qu’on a confiance l’un en l’autre, qu’on se présente aux autres sans angoisse, et qu’on expose donc sa vulnérabilité. C’est un signe d’absence d’armures et d’ouverture.

La nudité dans les communautés des années soixante n’était donc pas un caprice. Elle se fondait sur une connaissance psychologiquement saine qui a d’ailleurs toujours existé dans la philosophie nordique de la sauna et qui se trouve encore chez des peuples naturels. Le massage se trouve dans la sagesse de beaucoup de peuples, surtout en Asie et là, surtout en Inde et en Thaïlande. D’ailleurs, dans la plupart des sports, même occidentaux, la souplesse du corps est une condition préalable à la maîtrise de la technique sportive et, de même, pour le succès et la confiance en soi.

Le sport, quand on le comprend de la juste façon, nous enseigne d’être en harmonie avec notre corps et de bien le traiter, afin qu’il nous serve librement et volontairement.

Aussi la nudité est-elle cultivée dans le mouvement du nudisme moderne qui représente, consciemment ou non, la suite d’une vieille tradition de sagesse.

Le jeu des sentiments différents que possède l’homme, ne peut s’exprimer que dans un corps souple et ouvert. L’éducation traditionnelle qui crispe le corps, réprime la libre expression des sentiments. C’est surtout les sentiments les plus forts qui en sont ainsi supprimés, tels que l’extase de joie, la haine, la fureur, l’extase sexuelle et la folie momentanée, très fréquente chez l’enfant libre.

La répression des sentiments mène à un déséquilibre entre le corps et l’âme chez l’enfant et le rend facilement excité, nerveux, d’un côté, et sujet à la faiblesse de concentration, de l’autre. Ces symptômes sont souvent accompagnés de difficultés de sommeil, suite du défaut de relaxation corporelle et d’épanouissement psychique.

La plupart des enfants civilisés en souffrent, jusqu’au point que certains d’entre eux sont amenés en psychothérapie ou suivent des traitements chez le psychologue d’école, s’ils ne sont pas hospitalisés dans des institutions psychiatriques.

On parle alors de dépressions, et dans les cas graves, de schizophrénie. Les professionnels qui voient le monde sous le point de vue de leur science spécifique ne sont guère apte à comprendre ce que l’enfant cherche. Car pour ressentir cela, il faut être innocent, libre de théories scientifiques et autres, ouvert simplement et à l’écoute de l’enfant. Pour comprendre l’enfant, il faut l’aimer et aucune science n’est nécessaire pour y arriver.

Les psychothérapeutes alternatives, tel que R.D. Laing en Angleterre, y sont arrivés, parfois après un apprentissage étendu menant à l’abandon de toute théorie psychiatrique ou autre, seulement par étant au service de l’enfance et par aimant l’enfant en dehors des devoirs professionnels. Car chez l’enfant psychiquement malade on peut toujours constater un blocage des sentiments ou de l’expression des sentiments. Il semble que la santé mentale se caractérise en premier lieu par la faculté d’exprimer ses sentiments de façon plus ou moins libre, adaptée à la situation actuelle et à l’environnement.

Cette faculté d’adaptation qui est une faculté mentale, nous rend capable de changer notre environnement ou notre façon de vivre, si notre santé mentale et psychique l’exige.

Chez l’enfant malade psychiquement, toutefois, il y a soit excès d’adaptation ou excès de révolte. Le rôle de l’éducateur consiste à aider l’enfant de s’exprimer, d’extérioriser ses sentiments d’une façon qui ne lui porte pas danger, ni d’ailleurs aux autres qui l’entourent, et surtout de comprendre ses sentiments à lui ou à elle, sa vie intérieure, sentimentale et mentale.

L’intellect ne peut se développer sainement chez l’enfant que si sa vie sentimentale est en équilibre et libre de blocages et d’angoisses. Il importe de savoir que la vie mentale ne peut être séparée, chez l’homme, de la vie sentimentale. Il est une grande erreur de l’éducation moderne de surcharger l’enfant d’informations et de l’entraîner de façon exclusivement intellectuelle. Les robots qui en sortiront seront nos leaders de guerres et de catastrophes dans un proche avenir!

L’éducation des sentiments est clairement supérieure à l’éducation du mental. Elle est d’ailleurs pour l’éducateur un plus grand défi, plus difficile à mettre en pratique que la transmission de savoir et de techniques mentaux. Les sentiments entraînent facilement des projections qui faussent notre regard de l’enfant. Seule l’intégrité personnelle et un travail constant au niveau intérieur, ainsi que l’attention au flux bioénergétique que j’appelle ‘emosexual consciousness’ dans mes livres peuvent aider l’éducateur dans ce processus de se libérer de projections.

L’enfant équilibré dans son corps et dans ses sentiments sera aussi mentalement brillant. D’autre part, un enfant rendu robot mental par entraînement, restera toujours un torse sentimental, un handicapé dans sa vie intime et un psychopathe sexuel.

Il n’y a donc pas d’alternative. L’éducation doit commencer par le corps, passer par les sentiments et aboutir à la formation du mental, et non pas vice versa.

Le rôle de la musique dans l’éducation

La musique joue un rôle important dans notre psychisme. La bonne musique équilibre notre esprit et le rend sensible et ouvert. La mauvaise musique rend notre psychisme surexcité et le fait tourner au rond. L’esprit ainsi influencé ne peut que difficilement atteindre la profondeur et le calme. La pensée sera alors peu profonde dans la pénétration du sens de la vie et du monde, restant à la surface des choses et des événements.

On peut considérer l’effet de la musique sur l’enfant sous deux points de vue, à savoir passivement et activement. Nous tous subissons la musique passivement à certains endroits, au café, au cinéma et devant la télévision, à des endroits où nous n’allons typiquement pas pour écouter de la musique. Alors, nous sommes exposés à une ambiance acoustique à qualifier musicale, sans réfléchir que cela peut possiblement avoir un effet profond sur notre psychisme et notre pensée.

Celui qui s’observe va pourtant se rendre compte de certains effets que telle ou telle musique exerce sur lui ou elle, à telle et telle occasion. Car la musique affecte les sentiments, et atteint, par son influence sur la pensée, aussi notre esprit.

Activement, la musique joue un rôle dans l’éducation dans la mesure où elle nous oblige à discerner certaines structures musicales, soit à l’aide du solfège, soit par entendement musical intuitif et son entraînement. Régulièrement, et ceci vaut et pour enfants et adultes, si l’on aime la musique et l’écoute tous les jours, elle engendre le désir d’apprendre la maîtrise d’un instrument de musique tel que le piano ou le violon, ou bien la flûte.

Avant de m’exprimer sur l’importance évidente d’un enseignement musical actif, j’aimerais approfondir la discussion de l’influence passive de la musique sur notre psychisme. Car il est établi dans la musicologie et la psychologie, mais rarement connu par la grand public que les effets exercés par la musique qui nous pénètre dans un état passif et réceptif, sont considérables et très difficile à mesurer; car la plupart d’entre nous ne se rendent pas compte à quel point ils sont submergés d’influences manipulatrices venant des média, et dans quelle mesure ces influences affectent et transforment leur psychisme, leurs sentiments et leur pensée.

Les professionnels de la publicité et du marketing savent très bien de quoi je parle. Ils sont de fins psychologues sachant d’atteindre leurs buts commerciaux par la manipulation des sentiments et de la pensée des potentiels acheteurs de marchandises. Si l’on veut provoquer chez le spectateur ou l’écouteur une réaction positive par évoquer un certain sentiment, on lui fait entendre une musique qui évoque en lui ce même sentiment, et ainsi de suite.

Mis à part les buts commerciaux est-il aussi vrai que le film et, dans une mesure moindre, le théâtre, savent exploiter les effets qu’a la musique sur notre psychisme. Le but de la background music est justement de renforcer le continu visuel du film. La musique reste dans ce cas distante et cette distance est voulue. Car des recherches scientifiques ont démontré que dans le cas où deux influences différentes agissent sur notre psychisme, notre surface de mémoire enregistre celle qui est moins dominante, sous-jacente et plus subtile, aussi celle qui est plus distante.

Le psychiatre bulgare Georgii Lozanov, éminent spécialiste en musicologie, a su développer un système pédagogique tout entier, connu sous le nom de suggestopédie, plus tard appelé Superlearning, qui se sert de cette faculté un peu surprenante de notre psychisme.

Les élèves, mis dans un profond état de relaxation, donc passivement ouverts à leur environnement, sont alors exposés à deux sources de sons différents. L’une, la musique, est prédominante. L’autre, le contenu langagier à apprendre, se situe dans l’arrière-fond où le professeur parle des textes dans la langue étrangère.

On constate alors que l’élève enregistre dans un temps révolutionnairement court les textes ou vocables qu’ils a entendus, y compris syntaxe et grammaire de la langue étrangère sans qu’il y ait eu les moindres leçons de syntaxe ou de grammaire. Cela veut dire que le cerveau enregistre le tout qu’il entend de cette façon pourvu qu’il est dans un état relaxé, un état alpha. Mais ce que nous ne savons pas, c’est que nous sommes involontairement assez souvent en alpha.

C’est justement dans des moments de calme, de relaxation ou même de court sommeil que notre cerveau change de fréquence, afin de mieux fonctionner et rester sain.

Quand nous nous trouvons alors dans de tels moments et nous entendons et voyons certaines publicités, regardons certains films ou sont simplement de manière passive exposés à des sons, nous enregistrons dans notre mémoire le tout de ce que nous avons entendu. Cela veut dire que nous le faisons ainsi graver dans nos structures cérébrales inconscientes. C’est pour cette raison que des psychologues déconseillent de nous endormir ou de laisser nos enfants endormir devant le téléviseur, ce qui est certes un conseil de sécurité superflu, car ce n’est pas seulement dans l’état de sommeil que nous sommes si ouverts à des influences acoustiques ou imagiers, mais dans ces courts moments de repos que le cerveau installe automatiquement de temps à autre, changeant d’ondes beta en ondes alpha.

On a constaté que les enfants sont beaucoup plus souvent en état alpha que nous, les adultes. Dès lors, ils seront plus profondément affectés par les messages qu’ils reçoivent dans ces états, que nous. Il n’y a rien de plus à dire pour mettre en garde contre la quantité de violence que nos enfants subissent passivement, chaque jour, en tant que spectateurs de télévision …

L’éducateur qui aime l’enfant va le protéger contre de telles influences néfastes et il va donc trouver des moyens pour éviter d’exposer l’enfant pendant des heures à des programmes de télévision médiocres ou négatifs. Une telle approche de contrôle peut entraîner des problèmes de discipline, mais cela vient dans la plupart des cas du fait que le parent ou l’éducateur n’ont point explicité à l’enfant, et concrètement, les dommages qu’il court si l’on le laisse libre à cet égard.

Il est vrai que la plupart des gens ne savent rien de tout cela et ne peuvent donc pas l’enseigner aux enfants, bien qu’on puisse dire que l’homme sensible ressent cela intuitivement, sans savoir les bases scientifiques, et réagit de suite. Mais qui, je demande, dans une société abrutie de consommation insensée, est encore sensible, sauf les artistes et les philosophes?

Personnellement, je me suis rendu compte de tout cela à la fin de mon adolescence. Dès lors, je suis devenu très prudent quel programme de télévision je regarde, si du tout je regarde la télé, à quelle musique je m’expose, et donc dans quel café ou restaurant je vais.

Quant à la publicité, je la boycotte entièrement, après m’avoir instruit des techniques de manipulation des masses que, par exemple, Goebbels a utilisé pour propager la doctrine Nazi à travers l’Allemagne des années ‘30. Puis, je me suis rendu compte que ce qui est pratiqué de nos jours par les agences de publicité, surtout en Amérique, est une exacte copie de cet enseignement manipulateur diabolique.

Il semble être difficile d’enseigner la pratique musicale à l’enfant. Mais en réalité il est beaucoup plus important de sensibiliser l’enfant d’abord à l’entendement passif de la musique, et ainsi de le rendre conscient de ce qu’il entend, et ensuite de le guider dans la pratique musicale de tous les jours.

Je me rends compte qu’il est faux et même ridicule de parler, en éducation, d’une sensibilisation quelconque de l’enfant, car l’enfant est sensible de par sa nature; nous n’avons qu’à protéger cette sensibilité contre l’abrutissement systématique et abusif auquel notre société moderne, sous l’influence américaine ignorante, entraîne l’enfant.

L’enfant apprend la maîtrise de soi dans le long processus d’apprentissage d’un instrument de musique. Il va de soi que l’enfant doive avoir un intérêt à jouer cet instrument et un vrai plaisir de le faire. Car autrement l’enfant ne tiendra pas le coup à travers toutes les frustrations normales et inévitables que l’apprentissage d’un instrument amène.

Si cet intérêt ou ce plaisir profond sont présents, l’enfant ne demande que peu d’encouragement pour travailler régulièrement son instrument de musique. Car il en sera récompensé par les fruits de son jeu, le plaisir qu’il lui apporte, le plaisir aussi que la musique elle-même lui apporte et finalement le plaisir que l’admiration par le public pendant les audiences lui procure.

A la fois, l’enfant s’entraîne à la perception de la logique musicale qui est pure logique cosmique et comparable à la logique mathématicienne; sa pensée logique générale va en profiter.

Mais c’est aussi par le jeu d’un instrument et son apprentissage que le caractère de l’enfant se forme. Il devient plus calme, plus discipliné, plus mûr, plus sensible aussi. Pour ne pas oublier que l’enfant se sensibilise pour comprendre les labeurs d’autres gens dans quel domaine que ce soit. Un enfant qui ne fait que jouer pendant toute son enfance et qui n’est jamais exposé aux duretés de la vie sera plus tard un ennui pour son entourage, un consommateur passif et médiocre qui ne comprend ni lui-même ni les autres.

L’apprentissage de la musique est donc essentiel dans une éducation moderne et libre qui se veut complice de l’enfant pour l’aider à développer sa pleine créativité et son potentiel.

Intimité et vie communautaire

Dans le mouvement hippie, la vie communautaire avait une place importante. Elle a été jugée supérieure à la vie familiale. Néanmoins est-il opportun de repenser de tels concepts et de ne pas les adopter aveuglément. La vie familiale, il est vrai, est depuis toujours considérée comme la cellule de la vie. Ceci dit, il y a des formes de vie communautaire qui ressemblent à la vie familiale, mais qui sont libres des désavantages qu’offre la vie dans une famille nucléaire moderne.

Ces désavantages se situent du côté de l’Occident, mais à cause de notre culture postindustrielle globale, il n’est qu’une question de temps que d’autres cultures adoptent ce même style de vie aliéné et pathologique que je suis venu à appeler la société postmoderne internationale de consommation ou, en bref, la culture oedipienne.

L’isolement des enfants dans une structure familiale nucléaire et le défaut de stimulation affective et tactile qui s’ensuit est l’une des plus grandes pathologies de notre époque.

Résultat? Chaos émotionnel intérieur, manque de code, perversions sexuelles, conditionnement à la dépression, tendances suicidaires, égoïsme viscéral, narcissisme, et vulnérabilité aux maladies à cause d’un système immunitaire déficient.

La vie de famille en Afrique, par exemple, diffère complètement; là, l’enfant possède plusieurs couples de parents qui s’occupent de lui et son champs d’expériences humaines est beaucoup plus grand et varié. Il ne souffre dès lors point du sentiment d’isolement, de solitude et de misère émotionnelle et érotique, si typique pour la famille européenne ou nord-américaine.

La vie communautaire, par contre, offre l’avantage que l’enfant puisse avoir des couples de parents variés; il s’ensuit que l’enfant est plus ouvert au monde, devenant plus social et plus tolérant vis-à-vis des autres. Toutefois, la vie communautaire a également des désavantages. C’est surtout l’intimité qui fait souvent défaut dans un environnement totalement ouvert. Si tout est ouvert et sujet à la discussion générale, si chacun peut se sentir concerné, si, en un mot, tout est commun, il n’y a plus d’intimité, plus de secret, plus de champs personnel. C’est très ennuyeux.

Les kibboutz israéliens en ont donné la preuve: l’enfant n’y a pas de petit coin à lui car tout y est ouvert est transparent. C’est véritablement le big brother et le contrôle total. La peur de l’inceste y règne à tel point que les enfants dorment, loin des parents, dans des salles à coucher surveillées.

L’éducation n’est point une chose abstraite et préformée, mais vivante et flexible qui doit s’adapter à tout moment à l’enfant et à la relation aimante entre l’éducateur et l’enfant.

Car cette relation n’est pas stable et ni, pour ainsi dire, éternelle. Elle est sujet au changement continuel, mouvante et toujours nouvelle. Quand on veut la fixer, elle s’échappe.

C’est pour cette raison que tous les concepts éducatifs sont très relatifs et diffèrent en pratique toujours des idées et théories qui les ont créées. Ceci vaut bien sûr également pour les idées que j’étale dans ce texte. Ils doivent encore prouver leur applicabilité en pratique!

Pour donner un exemple, j’ai visité plusieurs écoles pratiquant l’approche éducative Montessori. Mais ce que j’ai vu là était absurde; c’était même scandaleux et mettait tout l’enseignement de Maria Montessori, révolutionnaire dans son esprit, de la tête en bas. C’était la pratique d’une brute approche autoritaire orchestrée par une radio qui criait du Beethoven tandis que les enfants avaient à se pencher sur des puzzles monstrueusement difficiles, sans aide, sans dialogue et sans esprit.

Des visites dans des écoles Steiner et le contact avec des enfants qui y vont régulièrement, m’ont révélé que, dans ces écoles aussi, c’est l’autoritarisme ou même la tyrannie qui règne, loin de ce que l’autrichien théosophe avait aspiré.

Le Dr Alexander Lowen, psychiatre et auteur, dans une échange de lettres en 1986, m’écrit un jour que toute école n’était aussi bonne que les éducateurs qui la gèrent. Ce qui me faisait penser que moi aussi, j’avais à l’époque de grands idées que je ne mettais en pratique que de manière très approximative et improvisée.

Je devais humblement donner droit au psychiatre qui m’a remis les pieds sur terre.

Ce qui est utile, ce qui ne l’est pas

Les langues sont utiles, chacun le sait. Les langues nous servent à mieux nous comprendre, à mieux communiquer, à mieux nous entendre. Les langues sont indispensables pour celui qui veut pencher sa tête en dehors de son cadre habituel, et en dehors des frontières de son pays natal. Dans un monde complexe et interdépendant tel que le nôtre, parler plusieurs étrangères est un must pour tout un qui se veut éduqué et qui veut réussir à une échelle plus que provinciale.

Cela est indépendant de la profession qu’il va exercer un jour, indépendant des intérêts et des passions. Celui qui ne parle que sa langue natale sera dans un proche futur tout simplement un handicapé culturel, aussi génial qu’il soit dans son domaine à lui.

Dans les pays en développement, les salaires s’augmentent de façon proportionnelle aux facultés langagières du salarié. Celui qui sait les langues, et surtout l’anglais, peut s’engager, d’une façon ou d’une autre, dans le tourisme ou dans l’import-export. Celui qui, par contre, ne sait que l’idiome natal, reste soumis à des tâches subalternes, très mal payées, tel que le nettoyage, le transport ou, à l’extrême, la mendicité.

Même dans les professions subalternes, ceux qui parlent une langue étrangère gagnent davantage, ont plus de chance de s’attirer des clients fidèles et seront par la suite recommandés comme comme des gens utiles et intelligents.

Dans notre âge de communication facile, il est simplement vrai qu’on donne la priorité à ceux et celles qui savent bien communiquer, même s’ils sont moins honnêtes et moins beaux. C’est ainsi que dans notre monde actuel, les facultés langagières ont pris une place prédominante dans la liste de capacités garantissant la réussite dans n’importe quel secteur professionnel.

Hélas, la plupart des écoles publiques dans la plupart des pays n’ont pas encore saisi cette vérité. L’éducation reste enfermée dans le champ étroit des sciences naturelles (et cartésiennes), telles que les mathématiques, la physique ou la chimie, surchargeant l’élève d’un savoir pour la plupart inutile.

J’avais, pendant mes études de droit un ami mathématicien qui me disait que, pour ces études de mathématiques universitaires, il ne pouvait utiliser rien de ce qu’il avait appris à l’école et devait, au contraire, oublier le plus vite et le plus complètement possible toutes les faussetés qu’on lui avait appris à l’école au niveau des mathématiques supérieures.

Même dans un pays comme la Thaïlande où le tourisme explose depuis beaucoup d’années et est devenu ressource de richesse de premier rang, on n’enseigne pas encore l’anglais à l’école primaire, ni une autre langue étrangère. Il est désespérant que dans une métropole telle que Bangkok, la plupart des chauffeurs de taxi ne parlent pas un mot d’anglais ou de français. Même situation à Jakarta ou à Saigon, en dépit du fait que l’Indonésie et le Vietnam sont parmi les pays les plus rapidement avançant dans le domaine touristique.

L’école traditionnelle ne vaut plus rien comme elle n’a pas suivi le chemin des temps modernes avec leur fort accent sur la communication et le langage dont le langage d’ordinateur est un secteur nouveau. Elle est restée figée dans des structures du 19e siècle ou a été développé exclusivement dans le domaine des sciences, tel qu’il est le cas dans les pays hautement technologiques comme l’Allemagne. Elle n’a surtout pas suivi le cours de l’humanité vers plus de complexité et de diversité au niveau langagier. L’idiome international, s’avère-t-il de plus en plus, est l’anglais.

C’est pour ces raisons évidentes que la connaissance de langues devrait avoir la première place dans l’éducation, à côté des activités créatrices telles que la peinture, le dessin, la danse, le théâtre et l’écriture, pour ne pas oublier l’accent sur le savoir informatique, de plus en plus important dans notre monde d’ordinateurs.

Il est d’ailleurs déraisonnable de pratiquer une approche éducative qui veut exclure les ordinateurs. Il est vrai qu’il y a des conséquences négatives provenant de l’usage extravagant des ordinateurs et des jeux vidéo. L’abus des média peut entraîner des dommages non seulement des yeux, mais de tout le système nerveux, jusqu’à l’épilepsie dans des cas extrêmes survenus aux États-Unis. Toutefois, toute chose est nocive si elle devient démesurée. L’ordinateur est un merveilleux instrument de travail et un vrai enrichissement de notre vie, pourvu que l’on sache de s’en servir sagement.

Mais c’est justement cela ce qu’il faut apprendre et enseigner: utiliser ce que l’on a, pour en tirer le meilleur profit possible. Il ne sert à rien de cultiver des approches extrémistes et négatives; cela produira seulement des révoltés, car ces gens ne sauront vivre dans un monde complexe et tomberont d’un extrême à l’autre.

Il importe d’éviter tout extrême et d’enseigner une vérité pour ainsi dire à mi-chemin entre les extrêmes. Les enfants pratiquent cela d’ailleurs naturellement. Je n’ai encore jamais vu un enfant qui était contre la télévision ou les ordinateurs. Les enfants se servent naturellement de tout ce qui est à leur disposition et ils doivent seulement apprendre de ne pas en faire trop.

Le monde est étrangement fixé sur l’imitation du plus mauvais! Suffit à regarder la nouvelle fashion américaine du néopuritanisme, de la répression hyper-autoritaire devenu mondiale, l’hystérie complète et publique des américains, qu’ils exportent dans le monde entier, et leurs opinions moyenâgeuses, accompagnée par la répétition monotone des chansons américaines des années cinquante, que l’on entend même dans les boîtes les plus sales du Cambodge, du Laos et de la Thaïlande.

Il semble que la stupidité soit programmée dans le déracinement de l’homme moderne. Il ne veut plus rien savoir de la sagesse des anciens et de ses anciens à lui, et suit aveuglément les paroles du jour les plus banales.

Pourquoi, pour donner un exemple, les Thaïlandais absorbent-ils si avidement la propagande américaine, au point que dans chaque hôtel, dans chaque restaurant, dans chaque bar et bistro, plusieurs téléviseurs sont placés qui montrent vingt-quatre heures sur vingt-quatre American football donnant l’impression que le sport, et surtout le sport américain était la chose la plus importante du monde.

Pourquoi le fait-on? Pour plaire les touristes, et donc par intérêt commercial? Eh bien, les touristes européens, ceux et celles qui ont encore un brin de culture dans leur cerveau et qui sont venus si nombreux il y a encore une dizaine d’années pour admirer la culture thaïlandaise ancienne, ne viennent plus. Ils sont écoeurés par la baisse de niveau qui a eu lieu dans ce pays depuis un certain temps.

En même temps les Thaï pensent qu’ils avancent. Ils avancent, bien sûr, sur un plan purement technologique. Il y a chaque jour plus de voitures, au point que Bangkok ressemble à un chaos routier pendant presque toute l’année. Bien sûr, il y a plus d’hôtels au standard international et le confort hôtelier a grandement augmenté.

Mais les Thaï ne se rendent-ils pas compte que leur attitude de se vendre complètement au tourisme a détruit l’essence de leur culture? La Thaïlande qui était un royaume charmant, hospitalier et accueillant est devenu un état mesquin et policier, surveillé étroitement par la police américaine, et les Thaï, eux, dans leur quête du progrès à tout prix ont sacrifié leur liberté et leur charme. Quel progrès alors?

L’éducation est utile quand elle nous donne une véritable compréhension de la vie et nous offre des choix, des alternatives. Celui qui n’est pas éduqué et qui ne voit pas à travers les structures mensongères de son époque est condamné à suivre aveuglément ce qu’il entend et prend pour l’unique vérité, car il ne voit pas, et vit donc dans un état animalier.

L’éducation traditionnelle ne nous enseigne pas cette faculté de voir. Seulement une éducation libre qui harmonise nos trois entités, corps, sentiment et mental, nous en rend capable. Si nous le voulons. Car la volonté joue un rôle important dans tout ce qui nous est donné par le destin. Et il faut aussi apprendre à vouloir sans culpabilité et dans la conviction que nous avons le droit de vouloir.

L’enfant-miroir

Là où il y a des enfants heureux, on l’entend de loin par leurs rires, on le voit dans la gaieté de leurs visages, et l’élan dans leurs mouvements l’exprime sans mots. Les enfants sans contrainte ont beaucoup d’humour. Ils se moquent de tout, sans critique négative, et donnent ainsi à nos attitudes adultes sérieuses un air parfois ridicule.

Cela fâche ceux qui se prennent pour trop important, mais donne à l’éducateur-amant une nouvelle fraîcheur. Car il profite de l’occasion et prend ces moments-là pour se mettre en question et relativiser son comportement. Quand on pratique cette approche en tant qu’éducateur, on peut faire des découvertes frappantes.

Les enfants sont de vrais miroirs pour nous, les adultes, et nous mettent à nu dans nos faiblesses, mais aussi dans notre simple humanité. Que l’enfant nous reconnaisse tel que nous sommes, c’est presque toujours par complicité, par amitié ou même par compréhension intuitive profonde. Je dirais même que c’est le meilleur qui puisse nous arriver dans la relation avec l’enfant. Car un tel événement ouvre une porte, pour ainsi dire, et libère la relation de toute hypocrisie et de toute peur.

L’humour est génial car il pardonne tout sans devoir aller à l’église.

L’humour est notre capacité de nous réjouir sans effort et souvent sans cause, et il nous rend capable de voir la vie sous un angle positif! Pour certains, l’humour est le fruit de la sagesse, une faculté d’âme qui s’acquiert avec les années. Mais il y a des enfants qui la possèdent et sans l’avoir appris des adultes.

Une école où règne un régime trop sérieux et dépourvu d’humour est un cimetière pour les enfants. Une bonne éducation ne peut se passer de l’humour, et l’éducateur qui le possède est le plus grand savant. Car il peut tout faire chez l’enfant puisqu’il n’y a rien qui rend les enfants plus malléables que de grandir dans un climat d’humour et de joie.

Dans un tel environnement, il n’y a pas de limite à la communication avec l’enfant et même l’enfant le plus obstiné et angoissé se transforme en mouton sage, sinon en tout cas ouvert et communicatif.

L’humour fait que nous ne prenons pas la vie et nous-mêmes trop au sérieux, que nous restons ouvert et souple et nous mettons en question. L’humour et le rire dissolvent les blocages du bas-ventre, les angoisses, les fureurs et haines avalées. Il nous libère de tout ce qui ne circule pas librement et rend notre corps sain, nos muscles souples et notre esprit libre.

La vie naturelle et sauvage

L’humour, mis en pratique, comprend les activités en plein air. Ce que les enfants aiment surtout, c’est de se transformer en sauvages nus, peints de différents couleurs. C’est naturellement un jeu qui se joue pour le mieux dans un pays chaud. En plus, une situation au bord de la mer est idéale pour cette sorte d’activités. Car la mer nous libère, elle a une faculté de nous enlever tout ce qui ne nous appartient pas vraiment, de nous rendre pur et ouvert.

En outre, la mer nous donne des associations à tout ce qui est innocent et sauvage et ouvre ainsi notre créativité profonde, intérieure. Les enfants, au bord de la mer, jettent loin subitement leurs vêtements, crie et hurlent un moment, courent fort, se mettent tranquillement sur terre pour construire un château de sable avec une acribie qui n’est normalement pas la leur.

Aussi aiment-ils chercher et explorer les animaux crustacés, symboles inconscients des génitaux masculin et féminin. La mer est un endroit sexuel et excite souvent non seulement les enfants, mais maints adultes qui désirent faire l’amour dans l’eau ou dans les dunes. La chaleur, l’air ionisé, le vent qui sent les algues et l’atmosphère intrinsèquement romantique à la mer rend les enfants, eux et elles aussi, sexuellement excités. Dans les relations des enfants peuvent alors se passer des petites histoires d’amour, jeux sexuels y inclus.

L’amour fou, les jeux que l’on a l’habitude de considérer comme défendus, c’est justement ce que l’enfant désire le plus. L’enfant a un sens très fin pour tout ce qui sort de la ligne médiocre, car il n’aime pas la médiocrité. C’est l’expérience de l’extrême que l’enfant cherche constamment.

Tout un qui connaît les enfants sait à quel point ils osent, ce que nous, les adultes, n’oseraient pas, à quel point ils cherchent à conquérir le monde inconnu. Les gens bourgeois pour lesquels l’enfant n’est qu’une sorte de bijoux jolie qui s’ajoute à leurs possessions, ne comprennent absolument pas pourquoi l’enfant veut sortir de tous les cadres, aussi jolis qu’ils soient, pourquoi il cherche l’imprévu et le danger. Ils punissent donc l’enfant pour la recherche du danger ce que pour lui est la recherche de la vie.

L’enfant connaît la violence et la pratique. Il n’est pas contre la violence. Il la craint comme nous tous, mais il se développera en perverti par une éducation qui se veut libre de toute forme de violence. Car l’enfant ne saura pas exprimer sa violence à lui, fait qui est à voir et que l’on ne peut faire disparaître par les jolies dialogues chrétiennes, théosophiques ou autres. L’éducation vraie est celle qui aide l’enfant à se comprendre, y compris ses violences et ses pulsions perverses et asociales.

Être contre quelque chose n’aide pas à se libérer de cette chose. Chacun qui fume le sait. Beaucoup de fumeurs sont contre le fait de fumer. Ils savent les dangers du fait de fumer, ils savent qu’ils infectent également leur entourage et donc vont faire fumer les autres avec eux. Ils savent tout cela, mais ils fument tout de même.

Un enfant qui grandit dans une famille de fumeurs accepte sagement quand on lui dit le contraire de ce qu’on fait.

Et c’est ainsi que les premières contradictions se forment dans son esprit. En face de ces adultes qui lui disent les mensonges, il change, il perd la confiance, tacitement, et souvent inaperçu par l’adulte. C’est pour cette raison que les enfants, fait étrange pour certains d’entre nous, aiment mieux les brutes et les criminels que les sages bourgeois. Il va de soi qu’ils ne le disent pas, et une fois adolescents, ils déraillent (dans l’opinion de leurs parents), et on les trouve subitement changés, ayant adoptés, dit-on alors, d’étranges points de vue et comportements.

En vérité, c’est qu’ils ont trouvé le langage pour exprimer ce qu’ils savaient depuis toujours, et ce qu’ils ont observé de pervers, de mensonger, d’hypocrite et d’étrange chez les adultes qui les entouraient et les élevaient.

L’amour fou est pour l’enfant libre un jeu vivant et recherché. Il tombe amoureux et son (sa) petit(e) camarade de jeux, et veut qu’il (elle) couche chez lui. L’éducateur amant de l’enfant ne refusera jamais de telles demandes, car il sait que s’il le fait, il écrasera dans l’enfant une part de sa grande personne, de sa vraie nature et de sa passion vitale. Ce qui veut dire, en même temps, que l’éducateur-amant doit être libre, le plus possible, de jalousie. Car elle peut se révéler destructrice si elle interfère avec les désirs de l’enfant pour d’autres enfants.

Elle peut se cristalliser en possessivité et alors devenir ennemi de la liberté de l’enfant. Car la possessivité est manipulatrice et rend malheureux; celui qui veut posséder l’autre, et l’autre qui se voit possédé sont tous les deux piégés dans une obstruction au niveau de l’énergie vitale. Ceci rend franchement difficile à l’éducateur pédophile sa tâche.

Je n’exprime aucun jugement pour ou contre la pédophilie, dans cet écrit, mais je me permets de noter mon observation, assez évidente, que l’éducateur pédophile sera naturellement davantage sous la pression de l’interdit social des amours intergénérationnelles que l’éducateur hétérosexuel ou homosexuel.

Le problème est en effet plus général parce que la pédophilie n’est qu’une variante cristallisée et exclusive d’un phénomène plus général ainsi que j’ai l’ai démontré dans d’autres ouvrages, en langue anglaise. Ce phénomène, que j’appelle les pédoémotions, est quelque chose d’universel et naturel: il s’agit d’émotions érotiques à l’endroit de l’enfant, qui, à l’échelle sous-jacente et non pas dominatrice n’empêchent pas du tout que la personne ait des relations sexuelles régulières avec des partenaires adultes.

Ces émotions érotiques ont leur raison d’être, car la nature a programmé toutes les tâches nécessaires à la survie de l’espèce en fonction du désir.

Mais cela ne veut pas dire qu’il s’agit-là de pulsions dans le sens freudien du terme. Il n’en est pas ainsi, en fait, car il n’y a pas d’automatisme, dans la nature, qui fait qu’une émotion érotique soit sans autre transformée en désir de copulation, pour ainsi dire.

Pour que cela arrive, une prise de conscience de base est nécessaire, ainsi qu’une certaine cristallisation du désir pédoémotif. C’est exactement ce que ceux qui s’appellent des pédophiles ont fait quand ils parlent d’un éveil pédophile, qui, à un moment dans leurs vies, s’est passé.

Régulièrement, pour que cela arrive, il y a eu des déceptions ou des frustrations dans des amours avec des partenaires du même âge, pour que la personne fasse un nouveau choix érotique, qui cette fois-ci se porte sur les enfants. Il va de soi que, si la personne, à ce moment-là se trouve dans une position proche des enfants, cette présence facilite le nouveau choix érotique d’une certaine manière, mais sans que ce processus soit véritablement conscient dans la plupart des cas.

Ces quelques annotations suffisent pour démontrer qu’il s’agit-là d’un problème plus vaste, et qui devrait être abordé, de façon professionnelle, dans les institutions chargées avec la tâche d’éduquer les éducateurs.

Car bon éducateur est celui ou celle qui ont développé assez de conscience émotionnelle et de maturité pour faire face à ce problème, pour que justement, ce ne sera pas un problème, mais tout simplement une prise de conscience.


Note

Dans une note, m’aimerais ajouter ici que par ailleurs, sans une telle prise de conscience, un désir pédophile inconscient dont souffre un éducateur peut s’avérer néfaste voire destructeur dans la relations éducative à cause des projections. C’est pour cela, comme m’a expliqué Françoise Dolto (1908–1988) en 1986, lors d’une interview à son domicile à Paris, que tout éducateur dans son institution à elle, La Maison Verte, devait être psychanalysé. Je crois que c’est une idée excellente dans le sens qu’on peut imaginer d’inclure dans le training professionnel de tous les éducateurs et éducatrices de la petite enfance des séminaires qui visent à enseigner comment sainement intégrer nos pédoémotions pour que l’enfant confié(e) à nos services ne soit pas récepteur passif de nos projections ‘pédophiles’ inconscientes, justement parce qu’elles sont manifestement destructrices dans la relation éducative.


L’enfant aime les activités folles et mêmes dangereuses si elles lui procurent du plaisir. Car l’enfant est en premier lieu motivé par le plaisir et suit librement le train de son plaisir.

C’est vraiment par la recherche de plaisir qui l’enfant découvre peu à peu le monde, amené toujours vers de nouvelles expériences. Et justement, parce que c’est ainsi et que la société interdit les amours accomplis entre professeurs et élèves, l’éducateur ne peut pas suivre l’enfant dans toutes ses explorations du désir. Il doit, s’il le veut ou non, garder une certaine réserve, et que cela peut s’avérer difficile parfois, les éducateurs et éducatrices honnêtes le savent.

Beaucoup de traités philosophiques ont été écrits sur ce sujet. Les religions qui sont pour la plupart contre le plaisir, ont cherché à gâcher à l’homme son plaisir le plus que possible. Ce qu’ils ont réussi à faire, c’est de rendre l’homme pervers et méchant; car l’homme dont le plaisir est réprimé, devient méchant. C’est un mécanisme qu’il faut constater et comprendre. C’est un fonctionnement d’énergie vitale.

Quand le stimulus naturel vital est bloqué, il se courbe et se libère de la contrainte d’une façon désaxée et pour la plupart dénaturée. Dans le domaine éducatif, cela veut dire que les éducateurs qui se défendent de reconnaître leurs pédoémotions sans faire face au problème, et sans y appliquer une maîtrise consciente, invariablement deviennent sadiques et pervers.

Il ne sert à rien de déplorer ce fait historique et psychologique; c’est simplement un mécanisme naturel et énergétique qu’il faut voir et comprendre pour y trouver solution. La solution au blocage, c’est surtout l’information, et le langage.

C’est la prise de conscience et le dialogue. C’est de prendre une attitude responsable vis-à-vis de soi-même, sans pour autant se culpabiliser.

L’homme qui se refuse à la démarche consciente, cherche alors d’autres plaisirs pour compenser le plaisir qu’on lui a enlevé.

Quand on interdit le sexe, on donne libre cours à la violence; la nature ne se laisse pas déformer sans dommage. En règle générale, le plaisir ersatz est plus nocif que le plaisir naturel. Les drogues qu’utilisent nos adolescents desquels on a enlevé le sexe depuis leur première enfance sont plus nocifs que le sexe dont on les prive. En plus, le désir refoulé se pervertit en plaisir sadique et donc violent et potentiellement dangereux.

Les activités folles sont donc importantes pour l’enfant et non pas nocives, pourvu que l’éducateur sache mettre les limites qui sauvegardent la santé et la vie des enfants. Et cela veut aussi dire qu’il se rende compte des limites de son désir à lui, dans une société hautement punitive à l’égard de la jouissance entre adulte et enfant, partagée dans l’étreinte de complicité qui est jugée subversive et antisociale.

La solution, la seule qu’il y ait, est une prise de conscience totale et aussi, si difficile que ce semble, une certaine tolérance pour le code éthique de notre société. Il y a d’autres cultures, qui sont structurées différemment, et on peut naturellement s’y reloger, mais il n’ y a pas de garantie que tout le reste de la soupe sociale y soit vraiment bien à digérer.

Après tout, quand on élève un enfant, on l’élève au premier lieu pour la culture dans laquelle il vit; par conséquent, il n’est pas vraiment raisonnable d’élever un enfant dans un esprit trop critique et rebelle vis-à-vis de la culture et le code social dans lequel il vit, car cela pourra le basculer dans son harmonie et son désir d’intégration.

Et c’est peut-être là l’argument le plus convaincant contre un libre échange sexuel entre éducateurs et enfants dans la culture qui l’interdit. Bien entendu, cela peut être complètement différent dans des cultures qui n’ont pas ces restrictions amoureuses, tel que nombre de cultures tribales. Mais cela, certes, serait le sujet d’une étude complètement autre que la présente!

Le silence et l’esprit

Le silence est essentiel pour l’esprit. Sans silence, l’esprit s’extasiera dans les innombrables turbulences du désir, et les pensées et sentiments contradictoires. L’éducation traditionnelle occidentale n’a rien compris à cela. Les enfants sont, à force, tenus silencieux, pour éclater en des expressions de stupidité extrême et de comportement excessivement banal, une fois libérés de la tutelle disciplinaire.

Dans les vieilles cultures asiatiques, on avait mieux compris le fonctionnement de l’esprit et la nécessité d’aider l’enfant de trouver sa propre attitude mentale face au besoin de méditation et de silence. Mais ce savoir millénaire s’est plus ou moins perdu dans la plupart des pays asiatiques comme l’ai vu avec mes propres yeux et à ma grande désolation.

L’approche éducative de Krishnamurti est une exception à cet égard, courageuse sinon révolutionnaire.

Mais les hommes ont tendance à mettre de l’eau dans le vin. La pratique de l’éducation dans les écoles Krishnamurti diffère de son enseignement à maints égards. Le silence est un besoin impératif pour l’esprit, et cela, la plupart des occidentaux l’ignorent.

Nombre de maladies psychiques prennent leur début par des turbulences mentales résultant du chaos de bruit et d’influences multiples auxquelles les enfants sont exposés. Bien entendu, je ne suis pas un apôtre de la protection de l’enfant dans la manière des bourgeois du 19e siècle, ou de sa version nouvelle de provenance nord-américaine. Il n’est pas question d’isoler les enfants des mouvements parfois contradictoires et certes variés de la vie, au contraire.

La méditation, évidemment nécessaire pour mettre le cerveau en paix, permet de synchroniser les deux côtés du cerveau, la pensée intellectuelle et logique, d’une part, et la pensée intuitive et créatrice, de l’autre. Il est important de savoir que le silence de l’esprit ne puisse être imposé.

Aucune approche éducative saurait l’enseigner. Seuls des éducateurs qui savent ce que c’est que le silence mental, seront capables de donner une idée aux enfants de ce que c’est en réalité. Mais même eux auront de la peine à transmettre ce savoir. C’est en fait un savoir qui n’est pas transmissible.

Krishnamurti l’a bien dit pour nous sensibiliser à ce problème, inconnu à la plupart des gens aux temps actuels. Les anciens le savaient bien. Le silence d’esprit ne peut être cherché. Si l’on le cherche, il s’échappe. Quand l’on cherche le Bouddha, il s’échappe (Dicton Zen).

Il n’est pas important comment on arrive à réaliser la paix intérieure. Seul le résultat compte. La seule chose que l’on peut faire en tant qu’éducateur, c’est de sensibiliser l’enfant au bruit qui l’entoure, de le rendre conscient aux influences multiples et à la manipulation subtile que nous impose une société manipulatrice, et puis le laisser aller. Car la contrainte ne peut aider au niveau spirituel. Elle n’aura que des effets négatifs. Le silence ne peut s’imposer que par le silence.

Dans le Tao Te King on trouve la phrase ‘Si tu veux qu’une chose s’élargit beaucoup, tu dois d’abord la comprimer beaucoup.’ On peut observer que les élèves dans des écoles traditionnelles où l’on met l’accent sur la discipline et la politesse superficielles, sont hyper-bruyants, une fois libérés de la contrainte imposée. Ils se livrent aux pires des batailles, se frappent dessus comme des aliénés et crient comme une horde de gorilles.

Si l’on abandonne la contrainte, on met fin au dualisme contrainte-liberté qui est une sorte de cage de loup sans sortie, et ouvre la voie au principe d’auto-régulation. L’enfant libre ne tombe pas dans de tels extrêmes et se comporte intelligemment et avec une politesse naturelle.

On peut d’ailleurs s’en convaincre facilement quand on fait des vacances dans des pays où les enfants vivent encore en harmonie avec la nature et sans la plupart des contraintes que la civilisation nous impose. A ces endroits quelque peu bénis du monde, les enfants paraissent plus murs, plus hospitaliers, plus aimables, plus intelligents et surtout plus naturels que de chez nous.

En Occident, on a jadis enveloppé les nouveaux-nés dans des linges pour les attacher au mur quand on sortait de la maison. Dans certains pays on le fait encore. On peut facilement se rendre compte des angoisses et des crispations d’un bébé ainsi transformé en morceau de bois. Et on pensait sérieusement que le corps du petit bébé n’était pas soutenu par les os et devait être incarcéré dans une prison artificielle pour pouvoir grandir.

Quelle aliénation de la nature inspirait tant de gens à des pensées aussi absurdes, perverses et cruelles à l’endroit des enfants! L’enfant a de temps à autre besoin de faire du bruit. Il peut se plaire dans une suite de mouvements rapides, pour ensuite s’asseoir tranquillement et observer son environnement.

Mais chez l’enfant sain, ce ne sont que des moments, et l’enfant se repose ensuite ou cherche la tendresse calme avec un adulte qu’il aime. On peut dire en général que l’enfant sain s’exprime d’une façon variée et n’est rarement enfermé dans un même comportement.

C’est peut-être cela qui fait que l’équilibre psychique est si fantastiquement stable chez les petits enfants, cette faculté de changer vite et d’adopter une suite d’actions différentes.

On parle alors de faiblesse de concentration ce qui en soi est le comble de la stupidité professionnelle. La concentration est une faculté dont l’enfant n’a point besoin! Elle appartient à la pensée adulte qui est beaucoup plus focalisée que la pensée des enfants.

La pensée contemplative et fraîche des enfants est différente de la concentration; elle est à comparer, si jamais, uniquement avec la pensée holistique des sages! Krishnamurti l’a bien dit au sujet de la méditation et de l’état de non-pensée.

La concentration, disait-il, empêche la méditation parce que l’esprit ouvert et méditatif n’est justement pas dirigé vers un but précis, mais laisse simplement passer les choses, les événements, les sentiments, les pensées.

Et puis il y a l’observateur qui contemple ce processus. L’observateur semble être à l’extérieur, mais c’est une illusion.

L’observateur n’est pas différent de l’observation. Il est l’observation. La concentration appartient au processus de la pensée, tandis que la méditation est du côté de l’état de l’absence de pensée, l’état d’observation pure, pour ainsi dire, que j’ai appelé, en anglais, direct perception.

L’enfant se trouve assez souvent dans cet état béni d’observation pure. Tous les enfants méditent naturellement. Ce qu’ils doivent apprendre, c’est plutôt de penser, de raisonner, de construire ses pensées d’une façon logique, et dès lors de se concentrer. Mais alors le petit enfant ne peut avoir de ‘faiblesse de concentration’ s’il s’agit d’une faculté dont il n’a pas encore besoin!

Éducation amoureuse ou sexuelle?

L’éducation sexuelle se fait en faisant l’amour et en apprenant à le faire le mieux possible. Toute parole sur le sexe est vaine si l’enfant ne s’y engage pas. Car il ne se sentira donc pas concerné! S’il est intelligent, il se moquera d’adultes qui le prennent ainsi pour un imbécile.

L’éducation d’amour est aussi douteuse que celle du sexe. Car on ne peut enseigner d’aimer les autres. Le croire est naïf.

Celui qui s’aime, aime aussi les autres, c’est tout ce qu’il y a à savoir. Pourquoi l’un s’aime et l’autre se déteste? C’est une question d’estime de soi. L’estime de soi ou le respect de soi ne peuvent pas être enseignés. L’estime de soi sera okay chez l’enfant qui grandit dans un environnement dans lequel il est aimé et respecté. On ne peut rajouter à l’estime de soi, on ne peut quantifier cette chose-là. Et on ne peut l’enseigner. On ne peut enseigner ni l’amour ni le respect.

On peut seulement vivre l’amour et le respect et en saturer l’atmosphère dans laquelle l’enfant grandit. Il en sera tout naturellement affecté et le grain semé poussera de soi même. Krishnamurti n’a cessé de répéter qu’il est absolument vain de vouloir quantifier l’amour ou même définir ce que c’est. Si l’on réfléchit un peu, on peut s’apercevoir de cette vérité.

Néanmoins, l’éducation traditionnelle continue avec les vaines paroles telles que Il faut aimer les autres ou Il faut avoir du respect pour les autres dont elle remplit les oreilles des enfants, mais non pas leurs coeurs et âmes. Car elle-même n’a pas du respect pour l’enfant. Si elle l’avait, elle ne transformera pas l’enfant naturel et intelligent en citoyen pervers et médiocre.

Ceux qui parlent beaucoup d’amour ne savent pas aimer. L’enfant n’en parle jamais. Il aime naturellement, comme il dort, comme il mange, comme il joue.

Aimer est pour l’enfant chose vivante, et donc point quelque chose à se casser la tête avec. L’enfant ne comprend pas quand on lui parle d’amour.

Ceux qui connaissent les enfants, savent de quoi je parle.

Dites à votre enfant bien-aimé Je t’aime … Comment va-t-il réagir? Va-t-il éclater de joie? Je vous garantie qu’il ne va point changer de mine et vous regarder sans expression.

Et si vous répétez la phrase cent fois, l’enfant ne va pas y répondre. Car il ne comprend pas ce que vous dites. L’enfant plus grand, l’adolescent comprend. Mais il peut rougir et se sentir mal à l’aise. Il peut aussi répondre Moi aussi, je t’aime!

Mais le jeune enfant ne comprend pas le langage qui lui parle d’amour. Mais il comprend les gestes d’amour. Il comprend si l’on exprime l’amour par les baisers, les tendresses, les cajoleries, les sourires et la liberté qu’on lui donne.

Le savoir nécessaire

Le savoir nécessaire, c’est tout d’abord le savoir de faire l’amour.

Chaque enfant doit absolument apprendre à faire l’amour. Il est faux ce que l’éducation traditionnelle prétend à cet égard, à savoir que l’enfant n’éprouverait pas de sentiments sexuels, qu’il sera mal élevé s’il apprenait quelque détail de la chose, voire qu’il en sera traumatisé.

Je suis convaincu que les gens qui émettent de telles histoires ont peur du sexe et mènent des vies qui en sont dépourvues, s’ils ne sont pas carrément des psychopathes.

Faire l’amour, comme toute chose dans la vie, s’apprend et doit être appris, et le plus tôt possible. Un enfant, garçon ou fille, doit apprendre à quel point ses fesses peuvent charmer un autre, garçon, homme, femme ou fille. L’enfant doit devenir conscient des détails de son corps, de la beauté cachée ou ouverte de toutes les parties de son corps.

Je reviens donc ici à ce que j’ai affirmé tout au début de cette étude: l’enfant doit en premier lieu apprendre à connaître et aimer son corps. Il doit fermement s’incarner dans son corps et l’accepter de tout son être.

C’est cela la condition préalable à une vie saine, non seulement une vie sexuelle saine, mais une vie saine au point de vue de la santé psychique, mentale and physique. C’est également la condition pour que l’enfant puisse s’aimer et grandir dans son estime de soi.

L’estime de soi chez l’enfant ne peut exister sans que l’enfant apprécie son corps et le total de son apparence extérieure.

Comme chacun de nous n’est parfait, comme nous avons tous des côtés beaux et des côtés laids, l’enfant doit apprendre à voir ses beautés, et oublier un peu ses laideurs. Car si nous nous fixons sur ce qui est laid en nous, nous renforçons la laideur. En revanche, si nous dirigeons notre regard sur ce qui est beau en nous, nous en renforcerons la beauté!

L’adulte qui n’est pas l’amoureux de l’enfant ne peut lui transmettre un message véridique qu’il est beau et désirable, et pourquoi il l’est plus que d’autres! L’éducateur qui aime véritablement les enfants leur parle non seulement avec des mots, mais avec des sourires, des gestes, des clins d’oeil. Tout, dans son comportement, va dire aux enfants qu’ils (elles) sont désirables à tous les niveaux.

Il n’est donc plus besoin de parler d’amour, de verbaliser ce message, car l’enfant le voit, le sait sans paroles.

Dans une telle situation, l’enfant se demande, sans jamais en parler, comment il est possible que l’adulte, non pas son parent, l’aime à ce point, et il va chercher à trouver tout ce qui est bon et beau en lui-même, et dans son apparence. Par cette recherche, son estime de soi sera grandement renforcée.

En même temps, l’enfant va corriger des comportements laids ou vulgaires pour plaire encore davantage à son amant or à son amante. Alors l’enfant deviendra plus sage, se comportera de manière plus mûre et aura l’air plus attirant encore. Dès ce moment-là dans la relation éducative aimante, recourir à la discipline n’est plus nécessaire!

Déjà Stendhal, dans son livre De l’amour disait que seul l’amour nous donne le vrai savoir et que seuls ceux et celles qui se connaissent dans l’amour physique, comprennent toute la dimension non seulement de l’amour, mais aussi, plus généralement, de la vie. Ce que l’on fait dans la plupart des écoles, c’est d’élever des castrés et les préparer à une vie stérile, impuissante et pathologique à tous les niveaux.

Enlever à l’enfant sa sexualité infantile et préadolescente revient au fait de le castrer. Car la sexualité, si elle dort, ne peut se développer.

Je dis ceci en contradiction évidente avec la psychologie d’enfant mais en accord avec de toujours plus nombreux professionnels qui considèrent important que l’enfant fasse des expériences amoureuses physiques dans son enfance, et donc, par extension, dans son adolescence pour que sa santé mentale et physique soit garantie et pour qu’il trouve un équilibre naturel entre son affectivité et son mental. Comment y arriver?

Enseigner à l’enfant comment mettre un pénis dans un vagin, lui montrer des livres d’abeilles et de moustiques qui font l’amour? Bien sûr que non.

On a rien à faire sur ce plan, justement. Ce que je dis ici, bien en accord avec nombre de psychologues d’enfant, tel que, par exemple, Françoise Dolto, c’est de pratiquer une sorte de non-intervention dans les affaires intimes des enfants.

Cela veut dire que l’éducateur n’est pas persécuteur, qu’il n’insiste pas à tout savoir, qu’il ne suit pas l’enfant partout, surtout quand il s’agit d’un petit garçon et une petite fille qui demandent de jouer dans leur petit coin…

C’est de pouvoir se restreindre et respecter le désir intime de l’enfant, là où cela est possible et non contre les règles de l’établissement, pour ainsi dire. Car bien sûr, la plupart des écoles sont plus ou moins castrateurs de nos jours, et ne permettent pas aux petits de jouer au zizi … Et là, l’éducateur qui vraiment aime les enfants, va changer d’établissement afin de ne pas se faire arrêter un jour pour avoir permit aux enfants des petits jeux.

Un savoir purement intellectuel, sans liaison avec l’affectivité, n’a pas de sens, car ne peut être intégré dans la personnalité. Ceci est d’autant plus important quand il s’agit d’enfants en maternelle ou en primaire. Pour le petit enfant, toute connaissance passe par le corps, par arriver à l’esprit, et non pas vice versa.

On peut comparer l’acquisition du savoir avec la construction d’un bâtiment. Quand on construit un bâtiment, il faut commencer par le fond, la terre, la base. La terre, la base de l’homme n’est pas sa tête, mais ses pieds. C’est là qu’il touche la terre-mère.

La sexualité relie l’homme à la terre et à ses origines et prend en même temps soin de sa perpétuation sur cette terre. C’est donc par le savoir sur sa sexualité et son corps que l’enfant commence à construire le bâtiment de son savoir sur la vie. Mais ce n’est pas un savoir intellectuel et ce n’est pas un savoir qui se donne à l’instruction dans une école; c’est là où est l’erreur du système actuel d’éducation sexuelle dans les écoles, et des recherches dans ce domaine, en Californie, ont tout à fait corroboré ce que je dis.

Un tel savoir est enraciné, non pas détaché du corps et de l’affectivité, comme le savoir intellectuel, mais se trouve fermement ancré dans la base de la vie. Ce savoir s’agrandit par chaque nouvelle expérience, toujours remettant en équilibre dynamique l’entité corps-sentiment-esprit. L’enfant sain est naturellement ouvert aux connaissances de toutes sortes.


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