Renoncer aux messages toxiques …

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Résumé de l’atelier d’Alain Crespelle, Éviter les messages toxiques lors du 3e colloque international de l’analyse transactionnelle à Paris, 3e colloque international de la Société Internationale d’Analyse Transactionnelle, le 3–4–5 novembre 1989 à St-Germain en Laye, Analyse Transactionnelle et Éducation, pp. 114–116.


Bouge pas! Tais-toi! Suggestions d’immobilité qui empêchent l’enfant de vivre, de grandir, de quitter l’enfance.

Ce sont là les deux suggestions hypnotiques les plus établies dans l’éducation perverse et pervertissante. Et bien aussi les plus destructrices pour le développement de l’enfant et de son intégration dans la culture!

Ces injonctions suggèrent à l’enfant ceci:

Reste comme tu es. Ne change pas. Ne grandis pas. Sois une poupée, un jouet, un objet de plaisir pour tes parents.

Voici ce que constate Alain Crespelle, dans son atelier Éviter les messages toxiques lors du 3e colloque international de l’analyse transactionnelle à Paris:

L’identité de l’individu passe par l’intégrité. Il y a une permanence des caractéristiques de l’individu à travers l’existence. Le corps et l’esprit ont leur limites. Or ces limites sont souvent violées dans l’enfance! Le corps est violé: on viole l’enfant par ses orifices naturels (on le force à manger, on lui met des suppositoires, on explore le nez, les oreilles …); Les sentiments sont violés; Les valeurs spirituelles sont violées; La cohérence de l’esprit est violée à travers les messages toxiques.’

Souvent, la psychose infantile est le résultat de ces viols sociaux, atrocités déversées quotidiennement sur les enfants et qui sont largement sanctifiées par la société sadique patriarcale qui se base sur la morale au lieu de se baser sur la nature et l’amour.

L’auteur met à juste titre l’accent sur les faussetés dans le dialogue avec l’enfant, où, dans une ambiance hypocrite et ambiguë, le silence remplace une réponse claire et naturelle. Il écrit:

La psychose est une désorientation dans l’espace et dans le temps. Le type même de message ambigu est le silence. C’est le récepteur qui met du sens dans le message puisque celui-ci n’est pas explicite.

Donc il projette sa croyance qu’il a de lui dans son silence: s’il a de lui une vision négative, il projette un sens négatif au message; s’il a une vision positive, ce sera le contraire.

Ensuite l’auteur donne une idée des injonctions qui servent encore de nos jours encore pour faire une éducation et qui sont habituellement données aux enfants dans la plupart des familles et des lycées. L’auteur copie dans le texte nombre de ces injonctions qu’il a collectionnée lors de son expérience de thérapeute de famille:

A la maison

— C’est comme ça et pas autrement.

— Arrête de fouiller dans mon sac.

— Enlève les mains de tes poches.

— Occupe-toi de ta soeur.

— Laisse ta soeur tranquille.

— Parle moins fort.

— Pousse avec du pain.

— Va jouer dans ta chambre.

— On verra.

— Il n’y a pas de mais.

— Ne t’enferme pas dans la salle de bains.

— Mets ta main devant ta bouche.

— Ne te balance pas sur la chaise.

— Je ne suis pas ta bonne.

— Tu vas être en retard.

— On ne joue pas avec la nourriture.

— Réfléchis avant de parler.

— Ne me parle pas sur ce ton.

— Laisse passer les gens.

— Moins de bruit.

— On regarde avant de traverser.

— C’est bien fait pour toi.

— Mange ta soupe.

— On prête ses jouets.

— Tu veux que je t’aide?

— Arrête de tourner en rond.

— Ne te bourre pas de pain.

— Ne hurle pas.

— Ne traîne pas les pieds.

— Arrêtez de vous chamailler.

— Si tu rangeais tes affaires.

— Ne reste pas une heure au téléphone.

— Demande à ton père.

— Demande à ta mère.

— Finis ton assiette.

— Qu’est-ce qu’on dit?

— Merci qui?

— Couvre-toi.

— On ne répond pas.

— Va te laver les mains.

— Fais un peu attention.

— Fais tes devoirs d’abord.

— Remonte tes chaussettes.

— Baisse ta jupe.

— Passe pas ton temps devant la glace.

— Est-ce que tu t’es lavé les dents?

— Regarde où tu marches.

— Ne te fais pas remarquer.

— La maison n’est pas un hôtel.

— Tu ne vas pas sortir comme ça?

— Ne te vautre pas.

— Attends un peu que j’en parle à ton père.

— Tiens-toi droit.

— Ne claque pas la porte.

— Ne parle pas la bouche pleine.

— Éteins-moi cette télé.

— Passe ton bac d’abord.

— Tu me remercieras plus tard.

Au lycée

— Interdit aux élèves.

— Appliquez la méthode.

— Faites ce que je vous dis.

— Dépêche-toi de terminer.

— Écoute.

— Parle.

— Tu vas comprendre.

— Tu dois apprendre tes leçons.

— Ce n’est pas difficile.

— Participe.

— Je vais te ré-expliquer.

— Demain dernière limite.

— Fais un effort.

— Réponds.

— Tu fais toujours la même erreur.

— Tu n’y arriveras pas tant que …

— Prenez la porte.

— Cessez de vous agiter.

— Demain, pas de cours (journée pédagogique)

— Lisez.

— Montre-moi ton cahier.

— Tu es en progrès. Continue.

En fait, pour vraiment comprendre la logique du sadisme à la base du maltraitement de l’enfant que nous avons l’habitude d’appeler éducation, il faut se demander s’il n’est pas justement le fait même de vouloir protéger l’enfant qui est le comble de ce sadisme, de cet esclavage impuni qu’on inflige à l’enfant dans la société moderne?

Prenons l’exemple des lois sur la sexualité, que l’on appelle, ce qui est significatif, les lois pour la protection des mineurs.

Bien voilà, que cet enfant, non seulement qu’il est traité comme un imbécile robot-automate sans intelligence et sans sentiments, est carrément, par tous les parlements nationaux du monde, dérobé ex officio de sa sexualité naturelle.

Car la loi protectrice des mineurs dans l’interprétation de la jurisprudence criminelle explicitement renie à l’enfant le droit au sexe: au cas où un enfant consente à une activité sexuelle avec un adulte, le consentement de l’enfant, l’expression de la volonté de l’enfant, est traité, par la loi, comme légalement inexistant. C’est vraiment une loi criminelle!

Voici une autre injonction, celle qui est à la base de ce point de vue meurtrier et que Monsieur Crespelle a malheureusement oublié dans son bel ouvrage:

— N’existe pas!

Si un choix amoureux de la part d’un enfant n’a aucune conséquence pour la loi dans le sens que la loi s’applique sans avoir égard à ce choix exprimé par l’enfant en paroles ou en acte, ou en permettant un acte, c’est que cette loi n’a aucun respect devant l’enfant, c’est que cette loi fait comme si des mineurs étaient des aliénés mentaux dont on prend pas les paroles ou actes au sérieux. Voilà.

L’éducation positive, elle, dit oui à la vie et à l’enfant en acceptant l’enfant, en renonçant aux injonctions, et en soutenant l’enfant activement, là où ce soutien est nécessaire, dans la démarche de l’enfant vers la vie, vers la croissance, et dans son évolution, dans sa recherche d’autonomie.

L’éducation positive renonce aux injonctions parce qu’elle ne craint pas l’enfant, ne craint pas la vie. Elle fait confiance, à la vie et aussi à la vie dans l’enfant. Elle n’a donc pas besoin de vouloir submerger la psyché fragile de l’enfant avec des paroles type standard, préfabriquées.

Elle renonce également à la manipulation des sentiments de l’enfant. Elle laisse l’enfant, sans pourtant le délaisser. Elle est permissive sans être opposée à quelque chose.

Elle est souple et flexible et surtout, à l’écoute de l’enfant.

Elle bouge comme la vie bouge, comme l’énergie vitale coule, se meut, afflue. Et elle s’adapte à l’enfant, à son évolution, aux circonstances, à l’environnement.

Nous avons le choix. Avons-nous le choix? Névrosés nous-mêmes, figés, anti-vie, pouvons-nous donner une éducation positive à nos enfants?

Il y en a qui l’ont compris et qui en sont capables, sans vouloir être parfait. Car le parent parfait est celui qui le plus sûr détruit l’enfant. Or, l’éducation qui sait qu’elle est imparfaite ne devient pas facilement sadique et sadisante.

C’est de par son approche modeste qu’elle peut vraiment comprendre l’enfant, car l’enfant n’est jamais arrogant, sauf s’il imite une arrogance qu’il trouve exhibée dans sa famille ou dans toute sa nation ou culture.

Une éducation positive est donc imparfaite, acceptant l’enfant dans son désir à lui ou à elle. C’est une éducation non pas libre, mais libératrice, non pas moraliste mais basée sur la seule morale positive qui existe: parler vrai et être authentique.


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