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Pourquoi est-il important de s’occuper en premier lieu du corps de l’enfant, et non pas de son esprit, de ses besoins corporels plus que de ses besoins intellectuels?

Dans la société actuelle, telle qu’elle se développe vers une ère de robotisme et d’automatisation, le corps de l’enfant a été sacrifié sur la croix de la technologie et du soi-disant progrès social.

La plupart des religions représentent des idéologies hostiles à l’égard du corps et ses besoins, aidées dans leur démarche néfaste par l’état policier; c’est ainsi qu’elles ont contribué à faire naître la société machine, qui ne fonctionne que sur un plan purement technologique et qui n’est plus apte à intégrer dans sa conception de la vie les besoins les plus fondamentaux de l’homme. Pourtant l’homme, contrairement à ce que pensait le philosophe positiviste Julien Offray de La Mettrie (1709–1751), n’est décidément pas une machine.

Pendant l’époque de la contre-culture hippie aux États-Unis, certains groupements alternatifs ont essayé de mettre en scène un paradigme éducatif différent, un vécu plus proche à la terre, qui se base sur le savoir des aborigènes qui savent vivre en harmonie avec la terre. C’était l’époque où l’éducation, elle aussi, changeait sous la nouvelle conscience qui regardait l’enfant comme une grande personne, une personne complète au niveau ontologique.

Malheureusement, il s’est vite avéré par la suite que cette sorte d’alternativisme n’était finalement qu’une fashion accompagnée d’une vague publicitaire qui se perdait assez vite dans l’oublie de l’histoire.

On avait expérimenté, ce qui est très utile et même indispensable, mais on s’était perdu dans des discussions inutiles, pour la plupart idéologiques, qui ne produirent que des chimères. Rien de durable n’a été créé, et les quelques écoles alternatives qui en furent le résultat tangible sont aujourd’hui oubliées.

Et pourtant, on ne peut pas pour autant dire que ces tentatives d’instaurer un nouveau monde, plus paisible, plus tolérant et plus permissif que jadis, étaient vouées à l’échec dès le début, voire qu’elles se basaient sur une illusion. La restauration politique et sociale qui débutait dans les années quatre-vingt n’aurait pas pu avoir lieu si ces efforts rénovateurs avaient été maintenus et renforcés.

En effet, il semble à présent que le monde mécanique, robotique et violent ait pris le dessus. De nos jours, c’est vraiment le retour mélodramatique à la stupidité, et ceci dans tous les domaines de la vie; c’est l’appel insensé au traditionalisme international et la restauration fasciste qui ont réduit à néant tous ces efforts.

Le constat est que les masses de la populace internationale se sont rangées, peut-être involontairement, étant donné la manipulation des média, au côté de la restauration et de l’établi, refusant toute tentative de rénovation ou révolution en matière d’éducation.

Le peuple, en règle générale, craint les mouvements alternatifs et les aligne avec les pornographes et les pervers. Néanmoins, les mouvements alternatifs ont donné une idée de quelque chose de nouveau et l’ont mis en pratique.

Ils ont par exemple inauguré la libre sexualité entre adultes et enfants et ont donné la preuve que les thèses freudiennes et autres qui parlent de ‘traumatisme’ si l’enfant est précocement introduit à la sexualité, sont d’ordre mythologique.

En fait, les communes ont donné l’exemple du contraire: l’enfant élevé dans un milieu permissif et ouvert, qui a le droit à des relations de libre choix, amitiés ou passions, développe un corps sain, et une psyché équilibrée et bien adaptée aux exigences de la vie quotidienne, et par ailleurs un esprit vif et pétillant, une responsabilité bien développée et une amabilité naturelle et spontanée.

Et surtout, il faut constater que chez ces enfants, il n’y a pas cette haine farouche qui pervertit la grande masse d’enfants élevés sous un paradigme répressif et hostile à l’expression libre des émotions et de l’érotisme.

Hélas, ces connaissances et expériences se sont perdues dans quelques vagues descriptions que l’on peut retrouver dans des livres stockés dans des bibliothèques, qui sont pour la plupart oubliés. La société actuelle n’a pas d’intérêt de favoriser de telles connaissances, car un jeune individu avec ses sens éveillés, initié aux joies et plaisirs et à l’esprit vif et critique ne réagira que très peu aux séductions mensongères de la publicité et de l’état policier devenu séducteur lui-même dans son rôle de protecteur de la consommation forcée et forcenée.

Toutefois, pour celui qui est éducateur passionné, il est indispensable de prendre en considération ces expériences et de les évaluer d’une façon méthodique et pragmatique.

Si l’on veut comprendre l’enfant, il faut, pour ainsi dire, passer par son corps, pour le libérer de son enchaînement et de son emprisonnement culturel. Un enfant qui vit dans un corps bloqué au niveau musculaire souffre inévitablement d’angoisses et de crispations névrotiques; il ne peut s’épanouir de façon intégrale. Si l’on utilise l’approche traditionnelle et commence, pour ainsi dire, par la tête de l’enfant, et non pas par ses pieds, on n’arrive qu’à renforcer les blocages corporels. En même temps, on mécanise l’esprit au lieu de l’ouvrir et l’enfant devient une sorte de marionnette sage et polie, sans vie et sans pulsions actives et créatrices. La psychanalyse d’enfant a montré que ces enfants-là sont submergé de pulsions secondaires, perverses, sadiques et destructrices.

—Voir Françoise Dolto, La Cause des Enfants, Paris: Robert Laffont, 1985 et Psychanalyse et Pédiatrie, Paris: Seuil, 1971.

La seule manière de protéger l’esprit créateur de l’enfant est celle qui agit en connaissance des pulsions créatrices de l’enfant, c’est-à-dire de sa sexualité, et qui aide l’enfant à développer et à cultiver ses pulsions sexuelles le plus parfaitement possible.

Une telle éducation doit rompre avec le tabou corporel entre l’adulte-éducateur et l’enfant-élève tel qu’il a été imposé et institutionnalisé par la tradition patriarcale. Car ce tabou pose l’interdit aux contacts physiques, essentiels à l’épanouissement corporel et mental de l’enfant, ainsi condamnant les contacts éducatifs à la stérilité et au mensonge.

Au nom d’une notion vague de pureté de l’enfant et de la relation éducative, l’éducateur désirant l’enfant dans son corps est volontairement castré dans son désir et sa créativité éducatives. Or, ce n’est que dans la vivacité de nos émotions que la créativité peur jaillir et grandir dans de dimensions toujours nouvelles et plus grandes. De la même façon, le concept traditionnel éducatif impose à l’enfant le renoncement à son désir à lui quand ce désir porte sur la personne de l’éducateur ou de l’éducatrice, ainsi castrant ce désir à la racine de son jaillissement.

On interdit à l’enfant la joie, mais on lui impose la douleur, on le prend pour assez adulte de pouvoir digérer le traumatisme du renoncement précoce du désir, mais on le prend pour trop infantile de pouvoir digérer l’éjaculation de la joie de son désir …

Voilà à quel point cette approche est perverse et vide de sens.

La sagesse spirituelle et mentale ne peut s’atteindre sans embrasser la sagesse du corps! Les sages de tous les temps le savaient, mais ne le dirent pour la plupart pas aux masses. Ils avaient beau parler, faisant nous parvenir leur honorable enseignement dans leurs années de vieillesse, après avoir vécu des années de pèlerinages souvent comblées de recherches et d’accomplissements sexuelles multiples.

Une éducation qui veut éviter les extrêmes, doit combiner un enseignement corporel comprenant la dimension sensuelle avec un accompagnement mental et spirituel systématique de l’enfant, se portant sur tous les aspects de la vie dans notre époque. Ceci doit se faire sans attache exagérée à une culture spécifique, mais plutôt de façon pragmatique, sans pour autant renier les racines culturelles de l’enfant.

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