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L’enfant sain, c’est l’enfant au naturel.

Quand la nature n’a pas été courbée dans son essence énergétique active, la matière est infiniment souple et flexible. Le petit enfant qui grandit sans contrainte moraliste, c’est un enfant qui bouge, et qui exhale une haleine fraîche, parfumée de vie. L’enfant naturel, c’est l’enfant qui n’a pas été dénaturé par la fragmentation intrinsèque qui marque si profondément notre société; ce dualisme consiste en la division artificielle entre les émotions, d’une part, et la sensualité, de l’autre.

La vie est unité, et l’enfant naturellement vit dans un état non fragmenté, mais qui n’est pas à confondre avec le concept artificiel d’innocence de l’enfant, car l’idée puritaine de l’enfant asexué est issue du moralisme, et non pas d’une compréhension intelligente de la vie.

La vivisection de la vie engagée par une société cadavresque et aliénée de la nature résulte en la dichotomie entre une sorte d’affectivité purement platonique, d’une part, et de sexualité non-émotionnelle et mécanique, de l’autre. La première partie du cadavre qui résulte du split schizophrène est réservée aux enfants, la deuxième partie est octroyée aux adultes entre vingt et quarante ans, comme code sexuel standard. Un tel vocabulaire est pervers. Le fait même d’avoir créé un vecteur langagier qui pointe sur sexe sans à la fois pointer sur émotion, est une perversité de notre culture. Vu le paradigme de notre science mécaniste et cartésienne, il n’est pas à s’étonner du fait que l’homme occidental n’a jamais pu comprendre la logique fonctionnelle de ses émotions, et de sa sexualité.

Une approche éducative saine est fonctionnelle et intégrée, et non pas schizophrène, et elle doit surmonter, dans son paradigme de base, le dualisme néoplatoniste qui divise l’amour, et qui est basé sur les pulsions de mort, et non pas sur notre libido.

L’enfant est en harmonie intuitive avec la nature et donc, l’éducation n’a pas vraiment quelque chose à faire pour élever l’enfant. L’obligation d’une éducation amoureuse, comme je vais appeler l’éducation saine dans cet essai, se caractérise donc plutôt par un non-faire, une abstention et un déni volontaires d’intervention, un impératif catégorique du ne pas toucher au sacré.

L’éducateur sain, non névrosé, pour cette raison, est davantage observateur que manager éducatif, davantage témoin que juge, davantage ami que parent. Il reste pour autant l’accompagnant de l’enfant, un guide, un tuteur.

L’enfant vivant et vibrant assume des caractéristiques plutôt contraires à ce qu’on trouve normal de nos jours chez l’enfant consommateur. Il dort dans une transe si profonde qu’on peut le lancer dans l’air et le rattraper sans qu’il se réveille! Il auto-guérit presque toutes ses maladies, sans qu’une intervention médicale soit nécessaire. Son corps possède un système de résistance immunitaire presqu’infaillible, et il ne choppe donc point de maladies dont souffrent aujourd’hui la plupart des enfants consommateurs. Il est vivant sans être hyperactif, il bouge sans pour autant embêter son proche entourage, il est présent avec tout son âme et son corps sans imposer sa présence à ses proches comme un petit prince soûlé, insensible et pervers, tel que le font la plupart des enfants consommateurs de nos jours.

L’enfant naturel vit ses émotions, y inclues ses sentiments, sans exagération, d’une manière équilibrée. La spontanéité est de sa nature et il aime se livrer à des caresses avec ceux et celles qu’il aime, sans être pour le moindre affecté par le dualisme de la conscience de masse qui parle d’émotions, d’une part, et de sexe, de l’autre. Cette distinction échappe donc complètement à son esprit, car cette distinction même est le fruit pervers de la répression.

C’est pourquoi l’éducation amoureuse doit protéger l’enfant de la répression protectrice de l’enfant, et de ses avatars sadiques.

Dans la vie de l’enfant naturel, le corps joue un rôle important dans l’expression de soi, et surtout dans l’expression de l’affection, de l’amour et de la tendresse; il est donc de règle pour l’enfant naturel d’être sensuel. Sensuel, bien entendu, non pas selon la définition culturelle de ce terme, mais selon le code spontané de l’enfant.

C’est ici où la plupart des gens font défaut de comprendre la sensualité de l’enfant, projetant leur notion de sexualité telle qu’elle est issue de leur conditionnement culturel, sur l’enfant — ce qui n’est ni approprié ni utile pour comprendre la vie sentimentale et intime de l’enfant. Quand nous sommes vraiment relaxés, et quand il n’y a pas de culpabilité, nous nous trouvons dans un tel état enfantin qui fait qu’on aime se faire plaisir, qu’on aime donner et recevoir des tendresses.

L’idée même de distinguer, ici, entre tendresses sexuelles et autres, dites non-sexuelles, est perverse car engendrée par la culpabilité et la honte. Pour notre sentiment intime, il n’existe pas de telle distinction artificielle. Dans ces moments où notre désir est excité, nous sommes dans un état sacré qui est l’unité avec le soi. C’est un état religieux.

C’est cet état d’être qui doit impérativement être protégé par l’éducation, et c’est pour cette raison que j’appelle éducation amoureuse une éducation qui est protectrice de l’enfant au naturel, et qui renonce volontairement à conditionner l’enfant selon l’idéal social par la sordide manipulation de sa vie sentimentale et sensuelle qui est à la base même de la société moderne ‘de consommation.’

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