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Les langues sont utiles, chacun le sait. Les langues nous servent à mieux nous comprendre, à mieux communiquer, à mieux nous entendre. Les langues sont indispensables pour celui qui veut pencher sa tête en dehors de son cadre habituel, et en dehors des frontières de son pays natal.

Dans un monde complexe et interdépendant tel que le nôtre, parler plusieurs langues étrangères est un must pour tout un qui se veut éduqué et qui veut réussir à une échelle plus que provinciale. Cela est indépendant de la profession qu’il va exercer un jour, indépendant des intérêts et des passions. Celui qui ne parle que sa langue natale sera dans un proche futur tout simplement un handicapé culturel, aussi génial qu’il soit dans son domaine à lui.

Dans les pays en développement, les salaires s’augmentent de façon proportionnelle aux facultés langagières du salarié. Celui qui sait les langues, et surtout l’anglais, peut s’engager, d’une façon ou d’une autre, dans le tourisme ou dans l’import-export. Celui qui, par contre, ne sait que l’idiome natal, reste soumis à des tâches subalternes, très mal payées, tel que le nettoyage, le transport ou, à l’extrême, la mendicité.

Même dans les professions subalternes, ceux qui parlent une langue étrangère gagnent davantage, ont plus de chance de s’attirer des clients fidèles et seront par la suite recommandés comme des gens utiles et intelligents.

Dans notre âge de communication facile, il est simplement vrai qu’on donne la priorité à ceux et celles qui savent bien communiquer, même s’ils sont moins honnêtes et moins beaux. C’est ainsi que dans notre monde actuel, les facultés langagières ont pris une place prédominante dans la liste de capacités garantissant la réussite dans n’importe quel secteur professionnel.

Hélas, la plupart des écoles publiques dans la plupart des pays n’ont pas encore saisi cette vérité. L’éducation reste enfermée dans le champ étroit des sciences naturelles (et cartésiennes), telles que les mathématiques, la physique ou la chimie, surchargeant l’élève d’un savoir pour la plupart inutile.

J’avais, pendant mes études de droit un ami mathématicien qui me disait que, pour ces études de mathématiques universitaires, il ne pouvait utiliser rien de ce qu’il avait appris à l’école et devait, au contraire, oublier le plus vite et le plus complètement possible toutes les faussetés qu’on lui avait appris à l’école au niveau des mathématiques supérieures.

Même dans un pays comme la Thaïlande où le tourisme explose depuis beaucoup d’années, on n’enseigne pas encore l’anglais à l’école primaire, ni une autre langue étrangère. Il est désespérant que dans une métropole telle que Bangkok, la plupart des chauffeurs de taxi ne parlent pas un mot d’anglais ou de français. Même situation à Jakarta ou à Saigon, en dépit du fait que l’Indonésie et le Vietnam sont parmi les pays les plus rapidement avançant dans le domaine touristique.

L’école traditionnelle ne vaut plus rien comme elle n’a pas suivi le chemin des temps modernes avec leur fort accent sur la communication et le langage dont le langage d’ordinateur est un secteur nouveau. Elle est restée figée dans des structures du 19e siècle ou a été développé exclusivement dans le domaine des sciences, tel qu’il est le cas dans les pays hautement technologiques comme l’Allemagne. Elle n’a surtout pas suivi le cours de l’humanité vers plus de complexité et de diversité au niveau langagier. L’idiome international, s’avère-t-il de plus en plus, est l’anglais.

C’est pour ces raisons évidentes que la connaissance de langues devrait avoir la première place dans l’éducation, à côté des activités créatrices telles que la peinture, le dessin, la danse, le théâtre et l’écriture, pour ne pas oublier l’accent sur le savoir informatique, de plus en plus important dans notre monde d’ordinateurs.

Il est d’ailleurs déraisonnable de pratiquer une approche éducative qui veut exclure les ordinateurs. Il est vrai qu’il y a des conséquences négatives provenant de l’usage extravagant des ordinateurs et des jeux vidéo. L’abus des média peut entraîner des dommages non seulement des yeux, mais de tout le système nerveux, jusqu’à l’épilepsie dans des cas extrêmes survenus aux États-Unis. Toutefois, toute chose est nocive si elle devient démesurée. L’ordinateur est un merveilleux instrument de travail et un vrai enrichissement de notre vie, pourvu que l’on sache s’en servir sagement.

Mais c’est justement cela ce qu’il faut apprendre et enseigner: utiliser ce que l’on a, pour en tirer le meilleur profit. Il ne sert à rien de cultiver des approches extrémistes et négatives; cela produira seulement des révoltés, car ces gens ne sauront vivre dans un monde complexe et tomberont d’un extrême à l’autre.

Il importe d’éviter tout extrême et d’enseigner une vérité pour ainsi dire à mi-chemin entre les extrêmes. Les enfants pratiquent cela d’ailleurs naturellement. Je n’ai encore jamais vu un enfant qui était contre la télévision ou les ordinateurs. Les enfants se servent naturellement de tout ce qui est à leur disposition et ils doivent seulement apprendre de ne pas en faire trop.

Le monde est étrangement fixé sur l’imitation du plus mauvais! Suffit à regarder la nouvelle fashion américaine du néopuritanisme, de la répression hyper-autoritaire devenu mondiale, l’hystérie complète et publique des américains, qu’ils exportent dans le monde entier, et leurs opinions moyenâgeuses, accompagnée par la répétition monotone des chansons américaines des années cinquante, que l’on entend même dans les boîtes les plus sales du Cambodge, du Laos et de la Thaïlande. Il semble que la stupidité soit programmée dans le déracinement de l’homme moderne. Il ne veut plus rien savoir de la sagesse des anciens et de ses anciens à lui, et suit aveuglément les paroles du jour les plus banales.

Pourquoi, pour donner un exemple, les Thaïlandais absorbent-ils si avidement la propagande américaine, au point que dans chaque hôtel, dans chaque restaurant, dans chaque bar et bistro, plusieurs téléviseurs sont placés qui montrent vingt-quatre heures sur vingt-quatre American soccer donnant l’impression que le sport, et surtout le sport américain était la chose la plus importante du monde.

Pourquoi le fait-on? Pour plaire les touristes, et donc par intérêt commercial? Eh bien, les touristes européens, ceux et celles qui ont encore un brin de culture dans leur cerveau et qui sont venus si nombreux il y a encore une dizaine d’années pour admirer la culture thaïlandaise ancienne, ne viennent plus. Ils sont écoeurés par la baisse de niveau qui a eu lieu dans ce pays depuis un certain temps.

En même temps les Thaï pensent qu’ils avancent. Ils avancent, bien sûr, sur un plan purement technologique. Il y a chaque jour plus de voitures, au point que Bangkok ressemble à un chaos routier pendant presque toute l’année. Bien sûr, il y a plus d’hôtels au standard international et le confort hôtelier a grandement augmenté. Mais les Thaï ne se rendent-ils pas compte que leur attitude de se vendre complètement au tourisme a détruit l’essence de leur culture? La Thaïlande qui était un royaume charmant, hospitalier et accueillant est devenu un état mesquin et policier, surveillé étroitement par la police américaine, et les Thaï, eux, dans leur quête du progrès à tout prix ont sacrifié leur liberté et leur charme. Quel progrès alors?

L’éducation est utile quand elle nous donne une véritable compréhension de la vie et nous offre des choix, des alternatives. Celui qui n’est pas éduqué et qui ne voit pas à travers les structures mensongères de son époque est condamné à suivre aveuglément ce qu’il entend et prend pour l’unique vérité, car il ne voit pas, et vit donc dans un état animalier.

L’éducation traditionnelle ne nous enseigne pas cette faculté de voir. Seulement une éducation libre qui harmonise nos trois entités, corps, sentiment et mental, nous en rend capable. Si nous le voulons. Car la volonté joue un rôle important dans tout ce qui nous est donné par le destin. Et il faut aussi apprendre à vouloir sans culpabilité et dans la conviction que nous avons le droit de vouloir.

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