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L’enfant qui a un corps libre de tensions apprend naturellement et efficacement. Les tensions musculaires sont des somatisations d’une condition de blocage au niveau mental, et plus encore dans l’émotionnel; elles trahissent des tensions psychiques et des complexes psychologiques. C’est pourquoi l’enfant profite grandement de massages et de sports doux tels que la natation ou le ping-pong. Par contre, les sports durs tels que le football, la boxe ou le tennis mènent à la crispation du l’ensemble musculaire du corps de l’enfant et à un retardement mental par la suite.

Massage, natation et sauna sont des moyens idéals pour adoucir le corps de l’enfant, ou plutôt pour sa protection contre le durcissement; par nature, le corps de l’enfant est très doux et flexible et se durcit seulement au cours des années, en fonction des frustrations et sentiments négatifs qui deviennent blocages musculaires et ensuite maladies psychosomatiques.

Le corps et les sentiments se trouvent dans une relation de parenté: corps doux et souple, sentiments doux et souples, corps dur et bloqué, sentiments durs et bloqués. L’enfant doux et aimable possède un corps doux et souple, et ses muscles sont relaxés et flexibles. L’enfant haineux et renfermé vit dans un corps durci de tensions musculaires. Il est donc indispensable, si l’on veut aider l’enfant à maintenir sa souplesse et son amabilité naturelle, de lui donner l’occasion de se relaxer souvent, d’une part par moyen du sommeil suffisant et profond, et d’autre part par le massage, la sauna, le bain chaud, la natation et le jeu en plein air. La nudité, elle aussi, joue un rôle important dans la dissolution de tensions musculaires. Elle aussi représente un partage. Être nu à plusieurs veut dire qu’on a confiance l’un en l’autre, qu’on se présente aux autres sans angoisse, et qu’on expose donc sa vulnérabilité. C’est un signe d’absence d’armures et d’ouverture.

La nudité dans les communautés des années soixante n’était donc pas un caprice. Elle se fondait sur une connaissance psychologiquement saine qui a d’ailleurs toujours existé dans la philosophie nordique de la sauna et qui se trouve encore chez des peuples naturels. Le massage se trouve dans la sagesse de beaucoup de peuples, surtout en Asie et là, surtout en Inde et en Thaïlande. D’ailleurs, dans la plupart des sports, même occidentaux, la souplesse du corps est une condition préalable à la maîtrise de la technique sportive et, de même, pour le succès et la confiance en soi.

Le sport, quand on le comprend de la juste façon, nous enseigne d’être en harmonie avec notre corps et de bien le traiter, afin qu’il nous serve librement et volontairement.

Aussi la nudité est-elle cultivée dans le mouvement du nudisme moderne qui représente, consciemment ou non, la suite d’une vieille tradition de sagesse.

Le jeu des sentiments différents que possède l’homme, ne peut s’exprimer que dans un corps souple et ouvert. L’éducation traditionnelle qui crispe le corps, réprime la libre expression des sentiments. C’est surtout les sentiments les plus forts qui en sont ainsi supprimés, tels que l’extase de joie, la haine, la fureur, l’extase sexuelle et la folie momentanée, très fréquente chez l’enfant libre.

La répression des sentiments mène à un déséquilibre entre le corps et l’âme chez l’enfant et le rend facilement excité, nerveux, d’un côté, et sujet à la faiblesse de concentration, de l’autre. Ces symptômes sont souvent accompagnés de difficultés de sommeil, suite du défaut de relaxation corporelle et d’épanouissement psychique. La plupart des enfants civilisés en souffrent, jusqu’au point que certains d’entre eux sont amenés en psychothérapie ou suivent des traitements chez le psychologue d’école, s’ils ne sont pas hospitalisés dans des institutions psychiatriques.

On parle alors de dépressions, et dans les cas graves, de schizophrénie. Les professionnels qui voient le monde sous le point de vue de leur science spécifique ne sont guère apte à comprendre ce que l’enfant cherche. Car pour ressentir cela, il faut être innocent, libre de théories scientifiques et autres, simplement à l’écoute de l’enfant. Pour comprendre l’enfant, il faut l’aimer et aucune science n’est nécessaire pour y arriver.

Les psychothérapeutes alternatives, tel que R.D. Laing en Angleterre, y sont arrivés, parfois après un apprentissage étendu menant à l’abandon de toute théorie psychiatrique ou autre, seulement par étant au service de l’enfance et par aimant l’enfant en dehors des devoirs professionnels. Car chez l’enfant psychiquement malade on peut toujours constater un blocage des sentiments ou de l’expression des sentiments. Il semble que la santé mentale se caractérise en premier lieu par la faculté d’exprimer ses sentiments de façon plus ou moins libre, adaptée à la situation actuelle et à l’environnement.

Cette faculté d’adaptation qui est une faculté mentale, nous rend capable de changer notre environnement ou notre façon de vivre, si notre santé mentale et psychique l’exige.

Chez l’enfant malade psychiquement, toutefois, il y a soit excès d’adaptation ou excès de révolte. Le rôle de l’éducateur consiste à aider l’enfant de s’exprimer, d’extérioriser ses sentiments d’une façon qui ne lui porte pas danger, ni d’ailleurs aux autres qui l’entourent, et surtout de comprendre ses sentiments à lui ou à elle, sa vie intérieure, sentimentale et mentale.

L’intellect ne peut se développer sainement chez l’enfant que si sa vie sentimentale est en équilibre et libre de blocages et d’angoisses. Il importe de savoir que la vie mentale ne peut être séparée, chez l’homme, de la vie sentimentale. Il est une grande erreur de l’éducation moderne de surcharger l’enfant d’informations et de l’entraîner d’une façon excessivement mentale et intellectuelle. Les robots qui en sortiront seront nos leaders de guerres et de catastrophes dans un proche avenir!

L’éducation des sentiments est clairement supérieure à l’éducation du mental. Elle est d’ailleurs pour l’éducateur un plus grand défi, plus difficile à mettre en pratique que la transmission de savoir et de techniques mentaux. Les sentiments entraînent facilement des projections qui faussent notre regard sur l’enfant. Seule l’intégrité personnelle et un travail constant au niveau intérieur, ainsi que l’attention au flux bioénergétique que j’appelle ‘conscience émosexuelle’ peuvent aider l’éducateur dans ce processus de se libérer des projections.

L’enfant équilibré dans son corps et dans ses sentiments sera aussi mentalement brillant. D’autre part, un enfant rendu robot mental par entraînement, restera toujours un torse sentimental, un handicapé dans sa vie intime, et un psychopathe sexuel.

Il n’y a donc pas d’alternative. L’éducation doit commencer par le corps, passer par les sentiments et aboutir à la formation du mental, et non pas vice versa.

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