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Dans le mouvement hippie, la vie communautaire avait une place importante. Elle a été jugée supérieure à la vie familiale.

Néanmoins est-il opportun de repenser de tels concepts et de ne pas les adopter aveuglément. La vie familiale, il est vrai, est depuis toujours considérée comme la cellule de la vie. Ceci dit, il y a des formes de vie communautaire qui ressemblent à la vie familiale, mais qui sont libres des désavantages qu’offre la vie dans une famille nucléaire moderne.

Ces désavantages se situent du côté de l’Occident, mais à cause de notre culture postindustrielle globale, il n’est qu’une question de temps que d’autres cultures adoptent ce même style de vie aliéné et pathologique que je suis venu à appeler la société postmoderne internationale de consommation ou, en bref, la culture ‘oedipienne.’

L’isolement des enfants dans une structure familiale nucléaire et le défaut de stimulation affective et tactile qui s’ensuit est l’une des plus grandes pathologies de notre époque.

Résultat? Chaos émotionnel intérieur, manque de code, perversions sexuelles, conditionnement à la dépression, tendances suicidaires, égoïsme viscéral, narcissisme, et vulnérabilité aux maladies à cause d’un système immunitaire déficient.

— Voir Françoise Dolto, La Cause des Enfants, Paris: Robert Laffont, 1985 et Psychanalyse et Pédiatrie, Paris: Seuil, 1971.

La vie de famille en Afrique, par exemple, diffère complètement; là, l’enfant possède plusieurs couples de parents qui s’occupent de lui et son champs d’expériences humaines est beaucoup plus grand et varié. Il ne souffre dès lors point du sentiment d’isolement, de solitude et de misère émotionnelle et érotique, si typique pour la famille européenne ou nord-américaine.

La vie communautaire, par contre, offre l’avantage que l’enfant puisse avoir des couples de parents variés; il s’ensuit que l’enfant est plus ouvert au monde, devenant plus social et plus tolérant vis-à-vis des autres. Toutefois, la vie communautaire a également des désavantages. C’est surtout l’intimité qui fait souvent défaut dans un environnement totalement ouvert. Si tout est ouvert et sujet à la discussion générale, si chacun peut se sentir concerné, si, en un mot, tout est commun, il n’y a plus d’intimité, plus de secret, plus de champs personnel. C’est très ennuyeux.

Les kibboutz israéliens en ont donné la preuve: l’enfant n’y a pas de petit coin à lui car tout y est ouvert est transparent. C’est véritablement le big brother et le contrôle total. La peur de l’inceste y règne à tel point que les enfants dorment, loin des parents, dans des salles à coucher surveillées.

L’éducation n’est point une chose abstraite et préformée, mais vivante et flexible qui doit s’adapter à tout moment à l’enfant et à la relation aimante entre l’éducateur et l’enfant. Car cette relation n’est pas stable et ni, pour ainsi dire, éternelle. Elle est sujet au changement continuel, mouvante et toujours nouvelle. Quand on veut la fixer, elle s’échappe.

C’est pour cette raison que tous les concepts éducatifs sont très relatifs et diffèrent en pratique toujours des idées et théories qui les ont créées. Ceci vaut bien sûr également pour les idées que j’étale dans ce texte. Ils doivent encore prouver leur applicabilité en pratique!

Pour donner un exemple, j’ai visité plusieurs écoles pratiquant l’approche éducative Montessori. Mais ce que j’ai vu là était absurde; c’était même scandaleux et mettait tout l’enseignement de Maria Montessori, révolutionnaire dans son esprit, de la tête en bas. C’était la pratique d’une brute approche autoritaire orchestrée par une radio qui criait du Beethoven tandis que les enfants avaient à se pencher sur des puzzles monstrueusement difficiles, sans aide, sans dialogue et sans esprit.

Des visites dans des écoles Steiner et le contact avec des enfants qui y vont régulièrement, m’ont révélé que, dans ces écoles aussi, c’est l’autoritarisme ou même la tyrannie qui règne, loin de ce que le théosophe autrichien avait aspiré.

Le Dr Alexander Lowen, psychiatre et auteur, dans une échange de lettres en 1986, m’écrit un jour que toute école n’était aussi bonne que les éducateurs qui la gèrent. Ce qui me faisait penser que moi aussi, j’avais à l’époque de grands idées que je ne mettais en pratique que de manière très approximative et improvisée. Je devais humblement donner droit au psychiatre qui m’a remis les pieds sur terre.

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