La vie naturelle et sauvage

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L’humour, mis en pratique, comprend les activités en plein air. Ce que les enfants aiment surtout, c’est de se transformer en sauvages nus, peints de différents couleurs. C’est naturellement un jeu qui se joue pour le mieux dans un pays chaud. En plus, une situation au bord de la mer est idéale pour cette sorte d’activités. Car la mer nous libère, elle a une faculté de nous enlever tout ce qui ne nous appartient pas vraiment, de nous rendre pur et ouvert.

En outre, la mer nous donne des associations à tout ce qui est innocent et sauvage et ouvre ainsi notre créativité profonde, intérieure. Les enfants, au bord de la mer, subitement jettent loin leurs vêtements, crie et hurlent un moment, courent fort, se mettent tranquillement sur terre pour construire un château de sable avec une acribie qui n’est normalement pas la leur.

Aussi aiment-ils chercher et explorer les animaux crustacés, symboles inconscients des génitaux masculin et féminin. La mer est un endroit sexuel et excite souvent non seulement les enfants, mais maints adultes qui désirent faire l’amour dans l’eau ou dans les dunes. La chaleur, l’air ionisé, le vent qui sent les algues et l’atmosphère intrinsèquement romantique à la mer rend les enfants, eux et elles aussi, sexuellement excités. Dans leurs relations à eux peuvent alors se passer des petites histoires d’amour, jeux sexuels y inclus.

L’amour fou, les jeux que l’on a l’habitude de considérer comme défendus, c’est justement ce que l’enfant désire le plus. L’enfant a un sens très fin pour tout ce qui sort de la ligne médiocre, car il n’aime pas la médiocrité. C’est l’expérience de l’extrême que l’enfant cherche constamment. Chacun qui connaît les enfants sait à quel point ils osent, ce que nous, les adultes, n’oserions pas, à quel point ils cherchent à conquérir le monde inconnu. Les gens bourgeois pour lesquels l’enfant n’est qu’une sorte de bijoux jolie qui s’ajoute à leurs possessions, ne comprennent absolument pas pourquoi l’enfant veut sortir de tous les cadres, aussi jolis qu’ils soient, pourquoi il cherche l’imprévu et le danger. Ils punissent donc l’enfant pour la recherche du danger ce que pour lui est la recherche de la vie.

L’enfant connaît la violence et la pratique. Il n’est pas contre la violence. Il la craint comme nous tous, mais il se développera en perverti par une éducation qui se veut libre de toute forme de violence. Car l’enfant ne saura pas exprimer sa violence à lui, fait qui est à voir et que l’on ne peut faire disparaître par les jolies dialogues chrétiennes, théosophiques ou autres. L’éducation vraie est celle qui aide l’enfant à se comprendre, y compris ses violences et ses pulsions perverses et asociales.

Être contre quelque chose n’aide pas à se libérer de cette chose. Chacun qui fume le sait. Beaucoup de fumeurs sont contre le fait de fumer. Ils savent les dangers du fait de fumer, ils savent qu’ils infectent également leur entourage et donc vont faire fumer les autres avec eux. Ils savent tout cela, mais ils fument tout de même.

Un enfant qui grandit dans une famille de fumeurs accepte sagement quand on lui dit le contraire de ce qu’on fait. Et c’est ainsi que les premières contradictions se forment dans son esprit. En face de ces adultes qui lui disent des mensonges, il change, il perd la confiance, tacitement, et souvent inaperçu par l’adulte. C’est pour cette raison que les enfants, fait étrange pour certains d’entre nous, aiment mieux les brutes et les criminels que les sages bourgeois. Il va de soi qu’ils ne le disent pas, et une fois adolescents, ils déraillent (dans l’opinion de leurs parents), et on les trouve subitement changés, ayant adoptés, dit-on alors, d’étranges points de vue et comportements.

En vérité, c’est qu’ils ont trouvé le langage pour exprimer ce qu’ils savaient depuis toujours, et ce qu’ils ont observé de pervers, de mensonger, d’hypocrite et d’étrange chez les adultes qui les entouraient et les élevaient.

L’amour fou est pour l’enfant libre un jeu vivant et recherché. Il tombe amoureux et son (sa) petit(e) camarade de jeux, et veut qu’il (elle) couche chez lui. L’éducateur amant de l’enfant ne refusera jamais de telles demandes, car il sait que s’il le fait, il écrasera dans l’enfant une part de sa grande personne, de sa vraie nature et de sa passion vitale. Ce qui veut dire, en même temps, que l’éducateur-amant doit être libre, le plus possible, de jalousie. Car elle peut se révéler destructrice si elle interfère avec les désirs de l’enfant pour d’autres enfants. Elle peut se cristalliser en possessivité et alors devenir ennemi de la liberté de l’enfant. Car la possessivité est manipulatrice et rend malheureux; celui qui veut posséder l’autre, et l’autre qui se voit possédé sont tous les deux piégés dans une obstruction au niveau de l’énergie vitale.

Ceci rend franchement difficile à l’éducateur pédophile sa tâche. Par ailleurs, je n’exprime aucun jugement pour ou contre la pédophilie, dans cet écrit, mais je me permets de noter mon observation, assez évidente, que l’éducateur pédophile sera naturellement davantage sous la pression de l’interdit social des amours intergénérationnelles que l’éducateur hétérosexuel ou homosexuel.

Le problème est en effet plus général parce que la pédophilie n’est qu’une variante cristallisée et exclusive d’un phénomène plus général ainsi que j’ai l’ai démontré dans d’autres ouvrages, en langue anglaise. Ce phénomène, que j’appelle les pédoémotions, est quelque chose d’universel et naturel: il s’agit d’émotions érotiques à l’endroit de l’enfant, qui, à l’échelle sous-jacente et non pas dominatrice n’empêchent pas du tout que la personne ait des relations sexuelles régulières avec des partenaires adultes. Ces émotions érotiques ont leur raison d’être, car la nature a programmé toutes les tâches nécessaires à la survie de l’espèce en fonction du désir. Mais cela ne veut pas dire qu’il s’agit-là de pulsions dans le sens freudien du terme. Il n’en est pas ainsi, en fait, car il n’y a pas d’automatisme, dans la nature, qui fait qu’une émotion érotique soit sans autre transformée en désir de copulation, pour ainsi dire.

Pour que cela arrive, une prise de conscience de base est nécessaire, ainsi qu’une certaine cristallisation du désir pédoémotif. C’est exactement ce que ceux qui s’appellent des pédophiles ont fait quand ils parlent d’un éveil pédophile, qui, à un moment dans leurs vies, s’est passé. Régulièrement, pour que cela arrive, il y a eu des déceptions ou des frustrations dans des amours avec des partenaires du même âge, pour que la personne fasse un nouveau choix érotique, qui cette fois-ci se porte sur les enfants. Il va de soi que, si la personne, à ce moment-là se trouve dans une position proche des enfants, cette présence facilite le nouveau choix érotique d’une certaine manière, mais sans que ce processus soit véritablement conscient dans la plupart des cas.

Ces quelques annotations suffisent pour démontrer qu’il s’agit-là d’un problème plus vaste, et qui devrait être abordé, de façon professionnelle, dans les institutions chargées avec la tâche de former des éducateurs. Car bon éducateur est celui ou celle qui ont développé assez de conscience et de maturité pour faire face à ce problème, pour que justement, ce ne sera pas un problème, mais tout simplement une prise de conscience.

L’enfant aime les activités folles et mêmes dangereuses si elles lui procurent du plaisir. Car l’enfant est en premier lieu motivé par le plaisir et suit librement le train de son plaisir.

C’est vraiment par la recherche de plaisir qui l’enfant découvre peu à peu le monde, amené toujours vers de nouvelles expériences. Et justement, parce que c’est ainsi et que la société interdit les amours accomplis entre professeurs et élèves, l’éducateur ne peut pas suivre l’enfant dans toutes ses explorations du désir. Il doit, s’il le veut ou non, garder une certaine réserve, et que cela peut s’avérer difficile parfois, les éducateurs et éducatrices honnêtes le savent.

Beaucoup de traités philosophiques ont été écrits sur ce sujet. Les religions qui sont pour la plupart contre le plaisir, ont cherché à gâcher à l’homme son plaisir le plus que possible. Ce qu’ils ont réussi à faire, c’est de rendre l’homme pervers et méchant; car l’homme dont le plaisir est réprimé, devient méchant. C’est un mécanisme qu’il faut constater et comprendre. C’est un fonctionnement d’énergie vitale, un fait bioénergétique.

Quand le stimulus naturel vital est bloqué, il se courbe et se libère de la contrainte d’une façon désaxée et pour la plupart dénaturée. Dans le domaine éducatif, cela veut dire que les éducateurs qui se défendent de reconnaître leurs pédoémotions sans faire face au problème, et sans y appliquer une maîtrise consciente, invariablement deviennent sadiques et pervers. Il ne sert à rien de déplorer ce fait historique et psychologique; c’est simplement un mécanisme bioénergétique qu’il faut voir et comprendre pour y trouver solution. La solution au blocage, c’est surtout l’information, et le langage. C’est la prise de conscience et le dialogue. C’est de prendre une attitude responsable vis-à-vis de soi-même, sans pour autant se culpabiliser. L’homme qui se refuse à la démarche consciente, cherche alors d’autres plaisirs pour compenser le plaisir qu’on lui a enlevé.

Quand on interdit le sexe, on donne libre cours à la violence; la nature ne se laisse pas déformer sans revanche. En règle générale, le plaisir ersatz est plus nocif que le plaisir naturel. Les drogues qu’utilisent nos adolescents desquels on a enlevé le sexe depuis leur première enfance sont plus nocifs que le sexe dont on les prive. En plus, le désir refoulé se pervertit en plaisir sadique et donc violent et potentiellement dangereux.

Les activités folles sont donc importantes pour l’enfant et non pas nocives, pourvu que l’éducateur sache mettre les limites qui sauvegardent la santé et la vie des enfants. Et cela veut aussi dire qu’il se rende compte des limites de son désir à lui, dans une société hautement punitive à l’égard de la jouissance entre adulte et enfant, partagée dans l’étreinte de complicité qui est jugée subversive et antisociale. La solution, la seule qu’il y ait, est une prise de conscience totale et aussi, si difficile que ce semble, une certaine tolérance pour le code éthique de notre société. Il y a d’autres cultures, qui sont structurées différemment, et on peut naturellement s’y reloger, mais il n’ y a pas de garantie que tout le reste de la soupe sociale y soit vraiment bien à digérer.

Après tout, quand on élève un enfant, on l’élève au premier lieu pour la culture dans laquelle il vit; par conséquent, il n’est pas vraiment raisonnable d’élever un enfant dans un esprit trop critique et rebelle vis-à-vis de la culture et le code social dans lequel il vit, car cela pourra le basculer dans son harmonie et son désir d’intégration. Et c’est peut-être là l’argument le plus convaincant contre un libre échange sexuel entre éducateurs et enfants dans la culture qui l’interdit. Bien entendu, cela peut être complètement différent dans des cultures qui n’ont pas ces restrictions amoureuses, tel que nombre de cultures tribales. Mais cela, certes, serait le sujet d’une étude complètement autre que la présente!

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