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Le silence est essentiel pour l’esprit. Sans silence, l’esprit s’extasiera dans les innombrables turbulences du désir, et se fait captif des pensées et sentiments contradictoires. L’éducation traditionnelle occidentale n’a rien compris à cela. Les enfants sont, à force, tenus silencieux, pour éclater en des expressions de stupidité extrême et de comportement excessivement banal, une fois libérés de la tutelle disciplinaire.

Dans les vieilles cultures asiatiques, on avait mieux compris le fonctionnement de l’esprit et la nécessité d’aider l’enfant de trouver sa propre attitude mentale face au besoin de méditation et de silence. Mais ce savoir millénaire s’est plus ou moins perdu dans la plupart des pays asiatiques comme l’ai vu avec mes propres yeux et à ma grande désolation.

L’approche éducative de Krishnamurti est une exception à cet égard, courageuse sinon révolutionnaire. Mais les hommes ont tendance à mettre de l’eau dans le vin. La pratique de l’éducation dans les écoles Krishnamurti diffère de son enseignement à maints égards. Le silence est un besoin impératif pour l’esprit, et cela, la plupart des occidentaux l’ignorent.

Nombre de maladies psychiques prennent leur début par des turbulences mentales résultant du chaos de bruit et d’influences multiples auxquelles les enfants sont exposés. Bien entendu, je ne suis pas un apôtre de la protection de l’enfant dans la manière des bourgeois du 19e siècle, ou de sa version nouvelle de provenance nord-américaine. Il n’est pas question d’isoler les enfants des mouvements parfois contradictoires et certes variés de la vie, au contraire. La méditation, évidemment nécessaire pour mettre le cerveau en paix, permet de synchroniser les deux hémisphères du cerveau, la pensée intellectuelle et logique, d’une part, et la pensée intuitive et créatrice, de l’autre.

Il est important de savoir que le silence de l’esprit ne puisse être imposé. Aucune approche éducative saurait l’enseigner. Seuls des éducateurs qui savent ce que c’est que le silence mental, seront capables de donner une idée aux enfants de ce que c’est en réalité. Mais même eux auront de la peine à transmettre ce savoir. C’est en fait un savoir qui n’est pas transmissible.

Krishnamurti l’a bien dit pour nous sensibiliser à ce problème, inconnu à la plupart des gens aux temps actuels. Les anciens le savaient bien. Le silence d’esprit ne peut être cherché. Si l’on le cherche, il s’échappe. Quand l’on cherche le Bouddha, on ne peut trouver le Bouddha (Dicton Zen).

Il n’est pas important comment on arrive à réaliser la paix intérieure. Seul le résultat compte. La seule chose que l’on peut faire en tant qu’éducateur, c’est de sensibiliser l’enfant au bruit qui l’entoure, de le rendre conscient aux influences multiples et à la manipulation subtile que nous impose une société manipulatrice, et puis le laisser aller. Car la contrainte ne peut aider au niveau spirituel. Elle n’aura que des effets négatifs. Le silence ne peut s’imposer que par le silence.

Dans le Tao Te King Lao-tzu a écrit la phrase ‘Si tu veux qu’une chose s’élargit beaucoup, tu dois d’abord la comprimer beaucoup.’ On peut observer que les élèves dans des écoles traditionnelles où l’on met l’accent sur la discipline et la politesse superficielles, sont hyper-bruyants, une fois libérés de la contrainte imposée. Ils se livrent aux pires des batailles, se frappent dessus comme des aliénés et crient comme une horde de gorilles.

Si l’on abandonne la contrainte, on met fin au dualisme contrainte-liberté qui est une sorte de cage de loup sans sortie, et ouvre la voie au principe d’auto-régulation. L’enfant libre ne tombe pas dans de tels extrêmes et se comporte intelligemment et avec une politesse naturelle.

On peut d’ailleurs s’en convaincre facilement quand on fait des vacances dans des pays où les enfants vivent encore en harmonie avec la nature et sans la plupart des contraintes que la civilisation nous impose. A ces endroits quelque peu bénis du monde, les enfants paraissent plus murs, plus hospitaliers, plus aimables, plus intelligents et surtout plus naturels que de chez nous.

En Occident, on a jadis enveloppé les nouveaux-nés dans des linges pour les attacher au mur quand on sortait de la maison. Dans certains pays on le fait encore. On peut facilement se rendre compte des angoisses et des crispations d’un bébé ainsi transformé en morceau de bois. Et on pensait sérieusement que le corps du petit bébé n’était pas soutenu par les os et devait être incarcéré dans une prison artificielle pour pouvoir grandir.

Quelle aliénation de la nature inspirait tant de gens à des pensées aussi absurdes, perverses et cruelles à l’endroit des enfants! L’enfant a de temps à autre besoin de faire du bruit. Il peut se plaire dans une suite de mouvements rapides, pour ensuite s’asseoir tranquillement et observer son environnement.

Mais chez l’enfant sain, ce ne sont que des moments, et l’enfant se repose ensuite ou cherche la tendresse calme avec un adulte qu’il aime. On peut dire en général que l’enfant sain s’exprime d’une façon variée et n’est rarement enfermé dans un même comportement.

C’est peut-être cela qui fait que l’équilibre psychique est si fantastiquement stable chez les petits enfants, cette faculté de changer vite et d’adopter une suite d’actions différentes.

On parle alors de faiblesse de concentration ce qui en soi est le comble de la stupidité professionnelle. La concentration est une faculté dont l’enfant n’a point besoin! Elle appartient à la pensée adulte qui est beaucoup plus focalisée que la pensée des enfants.

La pensée contemplative et fraîche des enfants est différente de la concentration; elle est à comparer, si jamais, uniquement avec la pensée holistique des sages! Krishnamurti l’a bien dit au sujet de la méditation et de l’état de non-pensée.

La concentration, disait-il, empêche la méditation parce que l’esprit ouvert et méditatif n’est justement pas dirigé vers un but précis, mais laisse simplement passer les choses, les événements, les sentiments, les pensées. Et puis il y a l’observateur qui contemple ce processus. L’observateur semble être à l’extérieur, mais c’est une illusion. L’observateur n’est pas différent de l’observation. Il est l’observation.

La concentration appartient au processus de la pensée, tandis que la méditation est du côté de l’état de l’absence de pensée, l’état d’observation pure, pour ainsi dire, que j’ai appelé, en anglais, direct perception.

L’enfant se trouve assez souvent dans cet état béni d’observation pure. Tous les enfants méditent naturellement. Ce qu’ils doivent apprendre, c’est plutôt de penser, de raisonner, de construire ses pensées d’une façon logique, et dès lors de se concentrer. Mais alors le petit enfant ne peut avoir de ‘faiblesse de concentration’ s’il s’agit d’une faculté dont il n’a pas encore besoin!

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